Les enfants victimes de violences

Mutilation et mauvais traitements

André né en 1984, est arrivé d’Ethiopie en juillet 1988.

Je savais seulement qu'il allait très mal, qu'il avait eu un œil crevé volontairement par une personne qui l'avait vendu à une autre personne qui le faisait mendier dans les rues.

A son arrivée, il était paniqué, n'ayant confiance en personne. Le moment où je quittai l'aéroport avec mon fils hurlant dans mes bras reste un de mes plus douloureux souvenirs.

Avec beaucoup de mal, nous avons fini par savoir que son œil gauche était perdu, le nerf optique complètement brûlé.

André avait aussi la tuberculose, et souffrait de malnutrition.

Par bonheur la rencontre avec son grand-père, lui aussi borgne, et du même œil, lui a permis de s'identifier à quelqu'un, et l’a mis en confiance. Autre fait positif (mais je n'en étais pas sûre lorsqu'il se produisit) : une convocation à l'ambassade d'Éthiopie pour recueillir son témoignage provoqua un choc, et lui permit de raconter ce qui s'était passé. Ce fut une véritable libération.

Depuis il semble que son appétit de vivre soit insatiable, il jouit de chaque moment, sans s'attarder sur les difficultés, me faisant aveuglément confiance (et aussi à son entourage) pour faire en sorte que tout aille bien pour lui.

Il y a bien sûr des moments où il doit reconnaître son handicap, mais en général il l'ignore superbement, et cela lui réussit.

Simon, né en 1981, était arrivé avant lui, en janvier 1987.

Pour lui, les séquelles semblent plus douloureuses : abandonné par un père qu'il a connu, puis maltraité par une mère devenue folle, il a toujours besoin d'être rassuré, et craint l'échec.

J’ai eu bien du mal à lui faire comprendre qu'il pouvait redoubler, se tromper dans son orientation, sans que cela change en rien mon amour pour lui, et mette en danger sa présence auprès de moi. Il semble que cette année il est plus serein, mais je reste sur le qui-vive.

On ne sait rien du vécu de Joséphine avant son arrivée en août 1990. Elle avait 4 ans. Ce qui est sûr c'est qu'elle aussi souffrait de malnutrition, à laquelle s'ajoutait la tuberculose, une hépatite chronique, une surdité partielle due à des otites non soignées et qui a nécessité la greffe des deux tympans, puis une puberté précoce décelée à 5 ans.

Scolarisée en IMP, elle semble s'y épanouir, mais à aussi toujours besoin d'être rassurée.

Ne rien savoir de ses parents est très douloureux pour elle, mais elle commence enfin à pouvoir l'exprimer.

De ces trois enfants, celui qui semble le plus rassuré et confiant dans l'avenir, est celui qui a subi le traumatisme à première vue le plus violent...

Source: Ce texte a été publié dans le journal de l'association française de parents adoptants « Enfance et Famiille d'Adoption (EFA) », Revue Accueil, no 4, 1999.

 

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©  Copyright 1999 Gilles Breton - Chantal Putz Tous droits réservés.
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Date de publication: Automne 1999