Témoignage

Un destin peu commun,
ou l'histoire d'une adoptée qui adopte à son tour

Présentation

J`aurai bientôt 40 ans. J`ai été adoptée à l`âge d`un mois et demi par des parents Européens dans mon pays natal qui est la COTE D`IVOIRE et ils ont vécu en Afrique pendant 30 ans. Mon mari et moi sommes nouvellement installés chez vous avec nos deux fils adoptés lorsque nous étions en FRANCE et qui viennent du TOGO. Nous sommes arrivés au Québec au mois de juin 2001 et nous attendons une petite soeur d`HAITI.

MON HISTOIRE

Dans mon ethie, le 10 ème enfant porte malheur et doit donc disparaître. Et c`est la mère qui a la dure tâche d`étouffer son enfant à sa naissance! Ce sont des lois ethniques. Celle qui y déroge risque des représailles.

Ma mère m`a sauvée la vie en accouchant dans une maternité, bien que si mes parents n`étaient pas venus me chercher je serai morte quand même, car la matrone qui s`occupait de moi était de la même ethnie que moi et donc ne pouvant m`étouffer (cela aurait paru suspect) elle me diminuait petit à petit mes rations de lait... Donc à ma place, c`est un mouton qui a été sacrifié.

De ma mère biologique je n`ai que son nom et prénom sur un papier, j`aurais aimé avoir une photo d`elle, mais c`est déjà mieux que rien. Je n`ai jamais essayé de la retrouver car en FRANCE c`est déjà difficile de retrouver ses origines pour une personne adoptée alors moi en Afrique... Et de toute façon pour moi je considère mes parents (actuellements décédés) comme mes parents biologiques, malgré la différence de couleur que l`on ne distingue plus au fil des ans. Ma mère biologique est et restera toujours dans un coin dans ma tête, car je n`oublierai jamais ce qu`elle a fait pour moi, ELLE M`A SAUVE LA VIE.

La symbiose avec mes parents était telle que petite j`ai eu ce problème de vouloir ressembler physiquement à mes parents. Je voulais être blanche (il n`y avait pas de psychologues à cette époque là pour aider des parents pionniers dans l`adoption d`enfant de couleur).

Je voulais être blanche, jusqu`au jour où ma mère en ayant assez de m`entendre demander pourquoi je n`étais pas blanche m`a dit: «TU N`ES PAS CONTENTE D`ETRE NOIRE, REGARDES, NOUS QUAND ON EST SUR PLAGE ON DEVIENT TOUT ROUGE». Cette explication m`a suffit pendant un moment, mais à l`adolescence cette question de couleur est ressortie. J`ai dû faire une année scolaire de psychologie, car j`en étais venue à être raciste envers les gens de ma propre couleur et ne plus vouloir sortir croyant que tout le monde me regardait.

Petite, mes parent,s croyant bien faire, m`avaient laissé chez une de mes tantes une année scolaire de maternelle dans la ville natale de ma mère dans le midi de la France, et dans les années 67-68 des enfants noirs il n`y en avait pas. Malgré ma meilleure amie blonde comme les blés qui me défendait contre toutes les agressions verbales ou physiques de mes petits camarades de maternelle (on m`a craché dessus, on m`a tiré les cheveux, ou touchés) je n`ai pu supporter d`être la bête rare. Mon père au bout de 9 mois est revenu me chercher et m`a fait l`école.

C`est quand on est petit que l`on est le plus méchant (sans le savoir bien sûr) mais pour la victime elle reste marquée à jamais. A l`adolescence, soit elle flanche (suicide, drogue etc), soit elle essaie de créer un blindage (c`est mon cas) contre toutes agressions. Agression physique on y répond, agression verbale on encaiss,e faisant croire que çà ne vous touche pas, alors que vous la recevez comme un coup de poignard vous faisant de nouveau surgir votre différence avec vos parents.

Mais tout ceci à la longue a été une belle leçon. Les gens qui me connaissent me disent souvent, lorsqu`il arrive des moments de tristesse, comme un décès ou autre chose, ou bien des gens sur le point de s`effonder: «mais COMMENT TU FAIS POUR TENIR LE COUP ?» Je suis comme tout le monde, sensible, mais avec mon exprérience j`ai appris à ne jamais montrer mes émotions en public, je me suis blindée. C`est un système d`auto-défense. J`ai fait 9 ans de pension, çà aussi cela vous forge le caractère en plus s`il est déjà plutôt indépendant.

J`ai eu quelques amis africains (ils se comptent sur les doigts d`une seule main) mais pour eux j`étais trop blanche et pour moi leur culture était différente de la mienne. Quand une personne Africaine inconnue me parlait, en quelques secondes elle me disait: «TOI TU PARLES COMME LES BLANCS, cela doit faire longtemps que tu es en France». Alors je répondais: «J`AI ETE ADOPTÉE». Mes relations africaines se sont évanouies dans la nature; tous mes amis sont blancs.

Ma mère, consciente de ce problème, m`a toujours dit: «Cathy qu`en tu accoste quelqu`un pour la première fois N`OUBLIE JAMAIS QUE TU ES NOIRE, car la personne qui est en face de toi, te vois physiquement et ne va pas savoir du premier abord que tu as été élevée à l`Européenne». Je dis toujours: ZJE SUIS NOIRE, mais BLANCHE DE L`INTERIEUR».

Donc, même si les enfants d`aujourd`hui sont confrontés à la pluralité raciale dans les écoles et dans la société, il faut les préparer à affronter la vie à pleines dents, à savoir se défendre sans en arriver aux mains. Car vivre seulement en famille, où les amis nous connaissent, cela ne représente pas la société; nous sommes dans un cocon. Mais malheureusement l`extérieur est tout autre et il faut apprendre à se parer de lui.

Ce qui ne m`empêche pas d`être fière d`ETRE NOIRE et de vivre ma vie maintenant épanouie. Mais le chemin a été long et pour le parcourir il faut que nos parents nous donnent les bagages au départ. C`est-à-dire être fier de la couleur que l`on porte et ne pas se faire marcher sur les pieds.

 

Cathy CHATEAUNEUF ROUCOU

Mai 2002

PS: Pour ceux qui se poserait des questions: Nous avons adopté parce que nous ne pouvions avoir d`enfant dit biologique. L`adoption s`est bien passée et l`intégration a été de courte durée en FRANCE. Les enfants ont été adopté à l'âge d'environ 10 mois en 1998 et 2000 (Ils ont maintenant 4 et 3 ans) ont eu une courte durée d`intégration à la maternelle (en France on va à l`école maternelle dès 3 ans) ou à la garderie. L`intégration si courte soit-elle s`est très bien faite, seuls les responsables savaient qu`ils étaient adoptés.

Et notre venue au Québec, suite à un voyage fait en 1991 et grâce à une ami. Nous nous intégrons très facilement en parlant avec les gens, en participant comme moi à la balle molle, les enfants avec leurs activités, la garderie etc. Et nous n`avons eu aucne difficulté de la part de SOLEIL DES NATIONS pour y être inscrits en vue d`une adoption en HAITI, et avec la travailleuse sociale tout s`est bien passé. Comme c`est notre troisième adoption, nous étions rodés aux questions...

 

 

 

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©  Copyright 2000 Gilles Breton Tous droits réservés.
Date de publication: 25 février 2000

URL = http://www.quebecadoption.net/adoption/temoignages/colombie1.html