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TémoignageRetour aux sources
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| Note du webmestre: Les textes de la série «Retour aux sources» est reproduite avec permission de l'auteur, M. Mathieu turbide, journaliste. Elle a été publiée dans le journal de Montréal du 15 au 21 février 2003. |
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19 février 2003 - Souvenirs oubliés
Le retour de l'enfant prodigue
Guatemala la Ciudad, GUATEMALA- Le Ciel aura finalement écouté les prières de Morena Guzman. Après 11 ans d'attente, elle a enfin pu serrer dans ses bras «sa» petite Kahleah.
Presque toute la famille Guzman attendait sur le trottoir pour accueillir cette enfant prodigue, ce bébé orphelin qu'ils avaient recueilli chez eux, nourri et dorloté pendant près de six mois.
Morena,
la mère d'accueil, d'ordinaire calme et réservée,
ne tenait plus en place. Spontanément, en descendant de la voitture,
Kahleah s'est dirigée vers Morena et elles se sont serrées
l'une contre l'autre pour la première fois depuis 11 ans et demi.
«C'est une bénédiction du Ciel, se répétait-elle. Un miracle que Dieu nous envoie De revoir Kahleah et de la voir en bonne santé, grande et forte.»
Même si elle n'en gardait plus aucun souvenir, Kahleah n'a jamais réellement quitté la modeste demeure des Guzman, dans la grande ville de Guatemala la Ciudad. Des photos d'elle sont placées un peu partout, près de celles des quatre autres enfants de la famille.
Sur le mur de la cuisine figure une assiette de «Montréal, Canada» ornée de dessins de l'Oratoire Saint-Joseph, de la cathédrale Notre-Dame et du fleuve Saint-Laurent.
Un album précieux
Chaque photographie de Kahleah, envoyée par la famille Guibeault, de Joliette, a été conservée, datée et placée dans un grand album. Morena le conserve précieusement au même endroit que ceux de ses quatre autres enfants.
«Regarde, Kahleah. Ici, c'est quand tu avais quatre mois. Tu parlais sans cesse et tu mangeais de tout: des pastèques, des bananes, des mangues, de la papaye», décrit Morena, en tournant les pages de son grand album.
Kahleah ne comprend pas vraiment l'espagnol, mais les émotions n'ont pas besoin d'interprète. Elle regarde et elle sourit, sans dire un mot.
«Voici la petite robe de nuit que tu portais bébé. C'est ma mère qui te l'avait faite», montre la dame guatémaltèque. Puis, une robe, un hochet, un jouet.
C'est comme si Kahleah venait de découvrir une boîte à surprises, remplie de son passé, de ses racines. La mère de Kahleah, Leceta Chisholm-Guibault, semble encore plus émerveillée que sa fille. Elle n'a pu retenir ses larmes.
«Je savais que cette famille avait profondément aimé Kahleah. Mais maintenant, je le réalise encore davantage. Ils l'ont toujours gardée dans leur coeur.»
Le parcours étonnant de bébé Kahleah : Trois mères en six mois
Guatemala City, GUATEMALA - Abandonnée à la naissance par sa mère biologique, bébé Kahleah a eu la chance de voir son destin tomber entre les mains de deux femmes hors de l'ordinaire.
Morena Guzman était à l'église pour prier lorsqu'une dame de sa paroisse l'interpelle.
- «Tu aimes les enfants, Morena?»
- «Si, bien sûr.»
- «Pourrais-tu prendre soin d'un bébé qui viendra au monde bientôt et qui doit être donné en adoption?»
C'est ainsi que la petite Kahleah est entrée dans la vie de Morena Guzman et de son mari, Benjamin, à l'âge de seulement deux jours.
«J'ai accepté sans y penser à deux fois.» Les Guzman n'étaient pas une famille d'accueil typique. Morena est rapidement tombé en amour avec ce bébé qui grandissait. «Les avocats nous ont offert de l'argent envoyé par la famille d'adoption canadienne, mais je l'ai refusé. Pour moi, ce n'était pas un travail. Je le faisais par amour pour cet enfant.
«Nous avons demandé à l'adopter officiellement pour qu'elle devienne notre fille. Mais les avocats du gouvernement nous ont répondu que nous n'avions pas assez de revenus. Dans le fond, c'était parce qu'elle avait déjà été proposée à sa famille canadienne», se souvient-elle.
Cruelle séparation
Puis, le jour de la séparation est arrivé, cruel et sans appel. La petite devait quitter en avion pour New York, où elle serait remise à ses nouveaux parents, Leceta et Jean Guibault, de Joliette.
«J'ai tellement pleuré. Après avoir laissé Kahleah, ce jour-là, quand nous entendions un avion partir dans le ciel, je le regardais en pleurant. J'ai perdu l'appétit et je maigrissais de tristesse. Ç'a été très dur», se rappelle Morena.
À l'autre bout du monde, la petite guatémaltèque apprenait tant bien que mal à s'adapter à son nouvel environnement. «Les premiers mois, Kahleah était très sérieuse. Elle n'était bien que dans mes bras, ceux de son père et de sa grand-mère», souligne Mme Chisholm-Guibault.
Malgré des tentatives infructueuses de la part des deux familles, il aura fallu cinq ans pour que les Guzman et les Guibault reprennent contact.
«Quand j'ai reçu des nouvelles de Kahleah par sa mère Leceta, j'ai remercié le Ciel. Je savais, au fond de mon coeur, que cette mère québécoise finirait par entrer en contact avec nous», admet Mme Guzman.
La piñata de Kahleah
Guatemala la Ciudad, GUATEMALA- «Duro! Duro! A la derecha!»
Kahleah ne sait plus où donner du bâton. La piñata bouge sans cesse. Pas moyen de l'attraper. Comme la plupart des Québécois, elle n'est pas habituée à frapper la piñata, surtout pas les yeux bandés. Mais Kahleah est née au Guatémala. Et sa famille d'accueil lui a préparé une fête d'anniversaire typiquement guatémaltéque.
«Duro! Duro!»
Son bâton trouve enfin la poupée de broche et de papier, remplie de bonbons. Paf! Paf! Paf! Trois bons coups et voilà que les friandises volent un peu partout.
Diego, le petit «neveu» de Kahleah, se précipite et remplit son petit chapeau de fête. La surprise était bonne. Avec la complicité de la mère de Kahleah, les Guzman avait organisé une grande fête d'anniversaire pour leur enfant prodigue. Oncles, tantes, grand-mère, cousins, cousines, frères, soeurs: tous y étaient. Des ballons de toutes les couleurs avaient été placés un peu partout sur la maison de la «tante» de Kahleah, entourée de pins et de citronniers.
«Je ne m'y attendais pas du tout», avoue la jeune fille, qui apprend à connaître de plus en plus cette deuxième famille. Elle s'est même fait un bon ami: Diego, ce petit bonhomme frisé de deux ans et demi. «Nous lui avions apporté un petit hockey et une balle. Il aime beaucoup jouer à ça même s'il n'a aucune idée de ce que c'est que le hockey», raconte Kahleah.
«¡Mordida!»
Comme
chez-nous, Kahleah a eu droit au gâteau d'anniversaire, avec les
chandelles. Et son chant de «Bonne Fête» a été
entonné en trois langues: espagnol, anglais et français.
Mais, heureusement, elle a évité au moins une tradition typique de la ville de Guatemala la Ciudad: la «mordida». Au moment de couper son gâteau et de servir les invités, ceux-ci se sont alors mis à scander «Mordida! Mordida!» Comme la suggestion ne plaisait pas à tous, les convives ont commencé à argumenter en espagnol. Kahleah n'y comprenait rien.
En fait, elle a compris plus tard. On lui demandait de mordre le gâteau pour en prendre une bouchée. La tradition à Guatémala veut qu'on profite de cette bouchée pour écraser le visage de la personne fêtée dans le gâteau.
Ouf! Faute d'un supplément de crémage, Kahleah aura au moins pu goûter aux tacos. «Je pensais qu'ils étaient recouverts de chocolat et de sucre, mais c'était de la purée de haricots noirs et du fromage!
Retourner aux sources... pour y rester!
Guatémala la Ciudad, GUATEMALA- Marco Bergh a été élevé en Suède, Il est devenu un adulte en Angleterre. Mais c'est dans son pays natal, le Guatémala, qu'il a choisi de vivre sa vie.
Adopté à l'âge de trois ans par une famille suédoise, Marco ne connaissait pourtant rien du Guatémala avant de décider d'y retourner. C'était il y a trois ans. Il avait 29 ans.
«Le Guatémala m'avait toujours intrigué. J'y pensais souvent. Depuis que j'étais tout petit, en Suède, je me questionnais sur ce pays», explique-t-il. Sur un «coup de tête», le jeune homme a décidé de quitter son emploi dans un centre de santé de Londres pour partir sur le chemin de ses racines.
«Je travaillais dans un centre de médecine chinoise et alternative. Je me suis dit que je pourrais aller faire la même chose dans mon pays natal pour venir en aide à la population», ajoute-t-il.
Contrairement à beaucoup d'enfants adoptés, Marco n'est pas retourné dans son pays natal pour retracer sa mère biologique. «Non. À vrai dire, je n'ai même pas cherché. J'ai été adopté dans un orphelinat dans la ville de Guatémala. C'est tout ce que je sais et ça me suffit. Je suis venu ici surtout pour me rendre utile. Pas pour combler un besoin personnel», soutient-il.
Retourner au Guatémala, cela voulait aussi dire, pour lui, retourner dans un pays dont il ne connaissait ni la culture, ni la langue.
«Je ne parlais pas espagnol. J'ai dû trouver une façon d'apprendre la langue avant de commencer à chercher un emploi. Puis, j'ai rencontré Caty, qui m'a beaucoup aidé à améliorer mon espagnol», raconte-t-il.
Un couple hors du commun
Pour Marco Bergh, la rencontre de Caty, sa compagne, a aussi été la rencontre avec tout un peuple: les indigènes Mayas, qui comptent pour près de la moitié de la population guatémaltèque.
«Il a fallu que j'apprenne à m'adapter à cette culture, qui est si différente de ma culture suédoise ou anglaise. Les Mayas sont très traditionnels et tiennent beaucoup à leur culture et à leur différence», explique-t-il. Il faut dire que Marco et Caty forment un couple plutôt inhabituel. Un enfant guatémaltèque élevé dans des pays riches, parlant mieux l'anglais que l'espagnol et habillé à l'européenne avec une Maya s'exprimant autant en espagnol qu'en dialecte autochtone et toujours vêtue en habits mayas traditionnels, très colorés.
De quoi faire tourner les têtes.
Puis, Marco doit aussi s'adapter à la réalité différente propres à bien des pays du Tiers-Monde, particulièrement en Amérique latine: on n'y vit pas en sécurité.
«Trois ans plus tard, j'ai encore beaucoup de difficulté à accepter que je ne peux pas sortir le soir, comme ça, simplement pour aller prendre un café. On risque à tout moment de se faire attaquer dans la rue. Je m'ennuie de la quiétude des rues londonniennes», admet-il.
Alexandrine veut rester six mois dans son pays natal et y soigner les lépreux
RÉPUBLIQUE DOMINICAINE - Même adulte, ce n'est pas simple de retourner vivre dans son pays d'origine. Alexandrine Ubiera-Joncas, de Montréal, s'en rend compte ces jours-ci.
La jeune femme de 25 ans, dont le Journal vous a parlé lundi, est en République dominicaine depuis maintenant six jours, pour son deuxième voyage de retour aux sources.
Elle prévoit y rester six mois pour connaître son pays natal, ses gens et travailler bénévolement pour aider les lépreux.
Mais les souvenirs de son premier voyage, fait à l'âge de 14 ans, étaient bien loin. Avec des yeux d'adulte, on voit le pays différemment, un perçoit mieux son visage dur et sévère.
«Pour moi c'est un choc culturel, je dois m'habituer a la nourriture, au temps et au rythme de vie d'ici. J'avoue que les deux premiers jours ont été difficiles», explique-t-elle.
Air méchant
Dès son arrivée au pays, samedi dernier, elle a dû attendre deux heures dans une station-service pour changer de voiture taxi.
«Un gardien à la station-service avait une grande carabine a la main et avait l'air méchant. J'avoue que je me suis sentie un peu insécure. J'étais avec une religieuse et un chauffeur de taxi qui ne parlaient que l'espagnol et il y avait cet homme a la carabine», raconte Alexandrine.
Davantage Québécoise... pour le moment
«Je réalise que mes racines dominicaines sont bien loin et que je suis beaucoup plus Québécoise pour l'instant que Dominicaine», ajoute-t-elle.
Mais, depuis quelques jours, elle apprend à s'adapter à son nouveau milieu. «J'ai visité un peu Santiago qui est très belle ville. J'apprends l'espagnol assez rapidement, et les gens d'ici me dise que dans quelques temps, je parlerai l'espagnol très bien.»
La jeune Montréalaise apprécie son expérience, mais elle conseille aux enfants adoptés de prendre le temps d'y réfléchir. «Je peux vous dire que je vie une expérience extraordinaire, mais j'ai 25 ans et c'est un voyage que je voulais faire depuis plusieurs années, donc pour moi c'est une bonne chose. Mais sincèrement, ce n'est pas facile», admet-elle.
Mathieu Turbide, journaliste au Journal de Montréal
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Mathieu Turbide - Gilles Breton Tous droits réservés.
Date de publication: 3 mars 2003
URL = http://www.quebecadoption.net/adoption/temoignages/retourauxsources3.html