La visite médicale post-adoption

  1. Le contexte pour le clinicien
  2. L'éthique sous surveillance
  3. Des familles composites
  4. Les déterminants de la santé
  5. L'examen médical pré-adoption
  6. La consultation post-adoption
  7. Un suivi multidisciplinaire

La consultation post-adoption1


Une étude américaine des années 1980 rapportait qu'après leur arrivée au pays, un peu moins de 50 % des enfants adoptés avaient été conduits auprès de leur médecin pour des tests de dépistage. 58

Plusieurs auteurs ont déjà pu montrer que l'examen clinique permettait de diagnostiquer un trouble médical non suspecté chez 29 % à 63 % des enfants adoptés et qu'un dépistage hématologique, biochimique ou sérologique pourrait s'avérer utile dans environ 80 % des cas. 46

Avec la reconnaissance grandissante par certaines agences et par la plupart des parents adoptants des conditions pathologiques pouvant affecter la santé de l'enfant et de la famille, la fréquence des examens médicaux en post-adoption au retour est maintenant à la hausse.

Bien que nous n'ayons pas de chiffres exacts à fournir sur cet état de fait, chaque année, à la seule Clinique de pédiatrie internationale de l'Hôpital Sainte-justine, environ 500 nouveaux petits patients sont examinés, font l'objet de prélèvements et sont suivis au besoin. *

Des données scientifiques publiées en majorité aux États-Unis, en France, en Suède et au Canada sont enfin disponibles pour ceux qui interviennent en adoption. Les crises d'identité éventuelles et les problèmes d'adaptation sociale mis à part, l'incidence des problèmes médicaux retrouvés à long terme chez les enfants venus de l'étranger est au moins égale à celle rapportée chez les enfants nés au pays. 59

À cause de différentes variables (l'hépatite B, un âge de plus d'un an à l'adoption et les conditions difficiles de certains orphelinats), l'incidence de maladies à long terme chez l'enfant adopté a souvent été décrite comme supérieure à celle des enfants biologiques, sans que cela remette en question l'évolution souvent spectaculaire en termes de croissance et de développement de la plupart des enfants venus d'ailleurs. L’adoption internationale est une aventure heureuse dans la majorité des cas, plus de quatre fois sur cinq, dira-t-on en guidance parentale pré-adoption.

L’état nutritionnel, les infections et le développement psychomoteur et socioaffectif

Malnutrition
Malnutrition protéino-énergétique, Haïti.
Photo: CHU mère-enfant, Sainte-Justine
Les résultats éclairants des différentes études ou revues de littérature confirment tous l'importance pour le clinicien de procéder à l'évaluation des statuts nutritionnel, infectieux et psychodéveloppemental de l'enfant adopté. À titre d'exemple, on peut trouver chez les enfants adoptés autour de 45 % de problèmes nutritionnels mineurs à sévères (de simples anémies ferriprives ou bien des marasmes), de 50 % à 73 % de problèmes infectieux à court ou à long terme (de la gale à l'hépatite C), et de 13 % de problèmes neurologiques, psycho-développementaux ou langagiers extrêmement variés (allant de la rubéole congénitale à la paralysie du plexus brachial et du retard global à l'hyperactivité). 46,59-61

Enfin, quelle que soit la provenance de l'enfant, mais surtout avec ceux qui auront été adoptés tardivement, le clinicien aura le souci de se concentrer sur les dimensions psychoaffectives et d'observer la qualité des liens d'attachement unissant l’enfant à sa nouvelle famille.

La médecine géographique et l'éthnomédecine

D'autres troubles biologiques ou médicaux doivent également être suspectés à l'examen clinique en raison de réalités aussi diverses que les saisons ou l'origine ethnique de l'enfant. Pour n'en nommer que quelques unes, mentionnons la fréquence des bronchiolites et du rachitisme durant l'hiver en Chine, l'anémie falciforme en Haïti, la fréquence des syndromes thalassémiques et de l'hémoglobine E chez les enfants de l'Asie du Sud-Est ainsi que la fréquence accrue de cardiopathies congénitales ou de fissures palatines chez les enfants d’Asie de l'Est.

Par ailleurs, des entités fort bien documentées n'ont pas à être retenues comme pathologiques : les taches mongoliques, la laxité ligamentaire des enfants asiatiques, les décollements auriculaires des Han, les périmètres crâniens inférieurs au troisième centile nord-américain chez les enfants indiens, cambodgiens ou gitans de Russie ou d'Europe Centrale.

Le fait de connaître ces entités peut éviter de lancer dans des surinvestigations. En Chine, les cicatrices secondaires aux contentions méritent d'être envisagées comme des marques de sécurité dans un contexte difficile (pour que l'enfant ne tombe pas) plutôt que comme des intentions volontaires de mauvais traitement.

La croissance staturo-pondérale

Aux côtés de l'appréciation dynamique de la motricité, de l'éveil, des acquis langagiers et du comportement de l'enfant, l'évaluation de la croissance staturopondérale sera certainement un point particulièrement essentiel à considérer d'une visite à l'autre. Le clinicien devra avant tout retenir que nos courbes de croissance nord-américaines ne reflètent pas toujours les données normales de poids et de taille de certaines ethnies.

« Les crises d'identité éventuelles et les problèmes d'adaptation sociale mis à part, l'incidence des problèmes médicaux retrouvés à long terme chez les enfants venus de l'étranger est au moins égale à celle rapportée chez les enfants nés au pays.»
Par exemple, les «petites chinoises» ne le seront pas obligatoirement si elles viennent du Jiangxi et les enfants venus d'Haiti seront généralement plus grands que les nôtres. Certaines courbes de croissance des pays étrangers sont disponibles; elles constituent des outils de travail utiles à condition d'être utilisées d'une manière dynamique.

De fait, deux poids, deux mesures valent mieux qu'une: la reprise de croissance d'un enfant souffrant de malnutrition ou de carences affectives peut le faire passer de quelques centimètres sous le 3e centile au 75e centile, et ce, en quelques années. 62,63

Les erreurs d’âge. En adoption internationale, l'appréciation de l'âge réel de l'enfant pose aussi un problème original, puisque l'enfant n'est évidemment pas régulièrement abandonné avec son acte de naissance et parce que les falsifications intentionnelles ou administratives sont fréquemment identifiables a posteriori.

Selon les déviations staturo-pondérales observées et en fonction des acquis développementaux, du nombre de dents et avec la contribution radiologique d'âges osseux sériés, le clinicien pourrait également être appelé à recommander aux parents de modifier l'âge juridique de l'enfant avant son entrée à l'école.

En cas de doutes de quelque nature que ce soit, le médecin saura se concentrer sur le suivi a moyen et à long terme de l'enfant soumis à de nouvelles réalités nutritionnelles et affectives, qui expliquent bien des rattrapages fulgurants.

L’investigation biochimique et sérologique qui accompagne l'examen clinique devra être tributaire des données issues de la littérature, de l'expérience anthropologique, de l'expertise sur le terrain ainsi que des données déjà obtenues dans des pays d'accueil et des institutions comme la nôtre.

L'immunisation

La mise à jour du carnet de vaccination devra souvent s'effectuer avec la collaboration de consultants familiarisés avec le Programme élargi de vaccination (PE.V.) de l'OMS, avec les calendriers d'immunisation des différents pays d'origine et avec des langues aussi variées que l'espagnol et le mandarin.

Contrairement aux idées véhiculées, des vaccins bien conservés et efficaces sont généralement administrés aux enfants du monde et il n'est habituellement pas nécessaire de recommencer l'immunisation à zéro, sauf pour quelques régions du monde, comme la Russie, notamment à cause de la mauvaise conservation du vaccin de la diphtérie.

Également, des vaccins comme ceux de la rubéole, des oreillons et de l'Haemophilus influenzae n'auront que très rarement été administrés aux enfants à l'étranger. Par aiIleurs, les enfants chinois, thailandais, taiwanais ou coréens sont généralement mieux immunisés contre l'hépatite B que l'ensemble de ceux du Québec!

Voir aussi sur ce sujet L'adoption et les vaccins

Suite de l'article:
Un suivi multidisciplinaire

SOURCE:

  1. Jean-François Chicoine, m.d., FRCPC, Luc Chicoine, m.d., FRCPC, et Patricia Germain, inf., B.Sc., Adoption internationale: contexte de la visite médicale post-adoption, Le Clinicien, août 1998, pages 68 à 90.
  2. Les nombreuses références de cet article se trouvent dans une autre page.
       * C'était le cas avant la fermeture de la clinique à l'automne 1998.



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