La visite médicale post-adoption

  1. Le contexte pour le clinicien
  2. L'éthique sous surveillance
  3. Des familles composites
  4. Les déterminants de la santé
  5. L'examen médical pré-adoption
  6. La consultation post-adoption
  7. Un suivi multidisciplinaire

L’éthique sous surveillance1


Une convention de la protection de l'enfance

Le fameux «village global» de notre Canadien Marshall McLuhan 12 en est certainement un où se multiplient les communications mais aussi un où se bousculent toutes les libertés de marché, d'entraide ou bien au contraire de suprématie où rien n'a été oublié, pas même les enfants abandonnés, dans le respect ou non de leurs droits et libertés tels que stipulés par la convention des Nations-Unies sur les droits de l'enfant et la convention de protection des enfants de La Haye.

Notez que cette dernière convention date seulement de 1993. Des pays comme la Roumanie et les Philippines sont déjà allés de l'avant, mais la plupart des autres pays ne sont pas encore cosignataires. Au Canada, la convention est entrée en vigueur en 1997, mais comme ce sont les provinces qui ont juridiction en matière d'adoption, sa mise en application «officielle» se fait encore attendre dans plusieurs régions, notamment au Québec et en Ontario.

En admettant quelle soit universellement ratifiée ou appliquée - ce qui n’est pas le cas - la convention de La Haye, particulière à l'adoption internationale, stipule entre autres choses qu'il est prioritaire que les États prennent des mesures pour que l'enfant soit d'abord maintenu dans sa famille biologique et, si cela est impossible, qu'une famille appropriée soit trouvée dans le pays d'origine de l'enfant.

Selon l'éthique inhérente à cette convention, l'adoption dans un pays étranger ne devrait être envisagée «que si l'enfant ne peut être confié à une famille de son pays d'origine dans l'intérêt supérieur de l'enfant et le respect de ses droits fondamentaux ainsi que pour prévenir l'enlèvement, la vente ou la traite d'enfants». 13, 14 Quoi qu'en pensent les pays riches, l'adoption internationale n’est donc que la dernière des bonnes solutions pour garantir le bonheur des enfants abandonnés.

«La convention de La Haye stipule entre autres choses qu'il est prioritaire que les États prennent des mesures pour que l'enfant soit d'abord maintenu dans sa famille biologique et, si cela est impossible, qu'une famille appropriée soit trouvée dans le pays d'origine de l'enfant.»

Les réalités du monde

Des pays comme le Paraguay ont déjà dû fermer leurs portes à l'adoption internationale, tant la corruption s'était immiscée dans l'engrenage des procédures: on y est allé jusqu'à pratiquer des césariennes de force pour s'assurer de la prise de possession des bébés. Ailleurs, des intermédiaires, notamment dans certains pays d'Asie, jouent au jeu du free market et renchérissent certains tarifs professionnels pour mieux profiter de la présence des adoptants les plus offrants.

La grande majorité des enfants adoptés par des Québécois ont néanmoins été abandonnés en bonne et due forme. Il en va cependant de la responsabilité du médecin appelé à recevoir, à examiner et à prendre en charge un enfant adopté à l'étranger de ne pas perdre de vue l'échiquier des jeux de pouvoir et d'ingérence susceptibles de prendre place avant l'accueil de l'enfant au pays et, qui plus est, avant sa propre intervention, d'autant plus qu'il n'est habituellement considéré qu'en fin de course.

Par exemple, il y a ces avocats gourmands et ces cliniques de naissance complices, surtout dans les Amériques. Aussi, plus près de chez nous, certaines des évaluations des compétences parentales des adoptants sont erronées, sommaires ou biaisées, ce qui n'est pas surprenant, puisque les parents doivent payer directement la consultation à l'évaluateur psychosocial chargé d'apprécier leurs compétences parentales.

Un avocat pour les enfants

Avec la problématique humaine de l'adoption, le clinicien trouvera certainement l'occasion de mettre de l'avant son sens prospectif de l'éthique, tout récemment encouragé par l'American Academy of pediatrics et la Société canadienne de pédiatrie sous l'appellation child's advocacy. 15 Au détour, il trouvera certainement aussi l'occasion de questionner ses propres valeurs, notamment face aux nombreux parents monoparentaux ou vivant en couple homo-sexuel qui réalisent actuellement des adoptions internationales.

«L'adoption sert avant tout à donner une famille à un enfant qui n’en a pas, plutôt que l'inverse.»
Il ne s'agit pas pour lui de jouer les Don Quichotte, mais simplement de se rendre bien compte que l'adéquation de l'adoption avec les réalités sociales dépend en partie de son tact, de son professionnalisme ainsi que de ses réactions face à des situations extrêmes et des modèles familiaux non traditionnels établis non pas sur la consanguinité, mais autour de l'amour et de la dynamique sociale, avec toutes les particularités culturelles que cela suppose, bonnes ou mauvaises.

Le médecin ne doit conséquemment jamais perdre de vue cette belle parole qui veut que «l'adoption sert avant tout à donner une famille à un enfant qui n’en a pas, plutôt que l'inverse», comme c'est encore très et trop souvent le cas. La problématique de l'adoption ne doit pas être réduite à un droit d'adulte bien nanti capable de s'offrir la lune, pour ne pas dire la planète toute entière. 3

Suite de l'article:
Des familles composites

SOURCE:

  1. Jean-François Chicoine, m.d., FRCPC, Luc Chicoine, m.d., FRCPC, et Patricia Germain, inf., B.Sc., Adoption internationale: contexte de la visite médicale post-adoption, Le Clinicien, août 1998, pages 68 à 90.
  2. Les nombreuses références de cet article se trouvent dans une autre page.



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