|
|
||||||||||
La visite médicale postadoption
Le contexte pour le clinicien 1
Ladoption internationale a fait tant de petits qu'on en arrive aujourd'hui à parler d'un boom d'adoptions internationales. Phénomène sans précédent dans l'histoire des abandons et des filiations qui ont tour à tour forgé l'humanité, on peut dorénavant compter sur son impact au sein des familles et, conséquemment, sur la pratique du clinicien.
Entre les méandres socio juridiques prévus par les lois du Canada ou d'ailleurs et les émotions colossales des familles adoptantes sans cesse renchéries par les médias et les retrouvailles émouvantes filmées à l'aéroport, l'adoption internationale constitue désormais une réalité médicale à part entière, une réalité qui procède autant de la guidance préventive et de la thérapeutique que d'une éthique plus universelle. Une vision large de la problématique permet d'ailleurs aux professionnels de la santé de se porter garants, dans les limites de leurs possibilités, d'une réalité complexe qui profite encore trop souvent à plusieurs des parties en cause. Une connaissance des données épidémiologiques et sociopolitiques témoignant de la santé internationale, notamment celles de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), sera un acquis précieux pour les médecins et les infirmières oeuvrant auprès des enfants venus de l'étranger. Il sera bon, par exemple, de connaître la prévalence du sida en Roumanie, au Cambodge ou en Haïti, de reconnaître la problématique sociale de l'alcool en Russie, de mesurer l'impact sur la santé des enfants d'une pollution chimique ou nucléaire, de comprendre les mouvances géographiques de certaines ethnies. En effet, tous ces acquis permettent au clinicien de prévoir un diagnostic ou d'entreprendre le dépistage systématique dune maladie ou dun trouble en particulier, comme la recherche des anomalies de l'hémoglobine dans la population khmer ou le dosage sanguin du plomb chez les enfants des villes industrielles d'Europe de l'Est.
À tout cela viendra s'ajouter la réalité de l'enfant nouvellement arrivé, dont le profil clinique à court, à moyen ou à long terme pourrait bien paraître plus chargé que celui de la majorité des patients suivis en ambulatoire, et ce, sur tous les plans: nutritif, infectieux, psychodéveloppemental ou social. Le présent article n'est pas un guide précis des troubles prévalents chez l'enfant adopté, mais plutôt une fenêtre suit l'adoption internationale pour le clinicien appelé à intervenir en postadoption.
Quelques données démographiques Ailleurs dans le monde. Toutes proportions gardées, le baby boom d'enfants adoptés s'inscrit dans les nouveaux usages sociaux des réalités familiales contemporaines. Finie l'époque des années 1960 où l'on rapportait à peine quelques histoires d'enfants adoptés à la suite de la guerre de Corée ou de la grande famine biafraise. La conjoncture très fin de siècle de phénomènes
aussi différents que la Perestroika, la montée occidentale
de l'infertilité, la guerre du Vietnam, l'ouverture économique
de la Chine, les méga-conflits interethniques, la chute du régime
Ceaucescu, la reconnaissance des droits civils des enfants dits illégitimes
et la quasi-extinction nord-américaine des crèches au profit
du placement de l'enfant négligé en famille d'accueil expliquent
tous, partiellement et chacun à leur manière, que se réalisent
aujourd'hui, de par le monde, plus de On parle de près de Au Québec. Si la famille a la possibilité de réaliser son projet d'adoption soit avec la collaboration directe du Secrétariat à l'adoption internationale, soit par elle même via des intervenants (ou des intérêts) privés, soit grâce à des organismes d'adoption opérant hors de la province, elle adoptera néanmoins le plus souvent par l'entremise de l'un des nombreux organismes d'adoption internationale accrédités par le Secrétariat québécois, chacun y allant de ses compétences dans chacun des pays. 9 En 1995, 54 % des enfants adoptés au Québec nous venaient de Chine. Suivaient ensuite, en ordre décroissant, Haïti, puis le Vietnam, la Roumanie, la Colombie et 25 autres pays, du Népal à la Bolivie. Fort peu d'enfants provenaient du continent africain et à peine quelques-uns étaient nés en pays musulmans - en ces pays la Charia complique souvent l'adoption internationale à quelques exceptions près (en Tunisie, par exemple, les politiques sont différentes). Au Québec toujours, entre 1990 et 1995, 29,6 % des adoptants habitaient Montréal et Laval, 20,1 % la Montérégie, 7,4 % Québec, et les autres étaient répartis un peu partout à travers la province: de quoi occuper les médecins des villes et des régions! Dans un autre ordre d'idée, 91,8 % des familles dadoption étaient des couples, 8,2 % un parent unique, homme ou femme, cet état de fait étant en partie conditionné par les règles d'adoption exigées par les différents pays où naissent les enfants. Parmi les couples, 62,8 % avaient adopté un nourrisson, tandis que 53,7 % des célibataires devenaient parents d'un enfant de plus de 5 ans. Pour 85 % des familles, il s'agissait d'un premier enfant, généralement très attendu, et le plus souvent d'une petite fille pour diverses raisons de la politique de l'enfant unique en Chine à la condition réservée aux femmes de par le monde; sans oublier que les familles québécoises, comme bien d'autres parents occidentaux, s'adresseraient plus souvent aux agences avec le souhait d'adopter une petite fille plutôt qu'un petit garçon. 8,10,11
| ||||||||||
© Copyright 1998 J.F. Chicoine Tous droits
réservés.
URL = http://www.quebecadoption.net/adoption/sante/santeclini1.html