La démarche préadoption:
l'adoption d'un enfant relativement âgé



    La majorité des personnes qui pensent adopter un enfant rêvent d'abord d'un bébé ou d'un jeune enfant. Pourtant, que ce soit par choix ou en raison des circonstances, l'adoption d'enfants relativement âgés est relativement fréquente. Ainsi, au Québec, près de 25 % des adoptions internationales réalisées de 1990 à 1994 ont concerné des enfants de trois ans ou plus 1.

L'âge de trois ans est considéré par les spécialistes comme un âge charnière dans le développement socio affectif de l'enfant et l'adoption de ces enfants constitue un grand défi pour les parents adoptifs et leur famille 2.

 

  Pourquoi adopter un enfant déjà grand?

 

    À titre de toile de fond, il faut savoir que l'adoption d'enfants relativement âgés diffère selon le pays d'origine. Alors que 75% des enfants venant d'Asie de l'est ont moins d'un an, la majorité (60%) des enfants de trois ans et plus proviennent des Antilles, d'Amérique latine et d'Europe (Roumanie, Russie). Les adoptions tardives, notamment par des célibataires, sont particulièrement fréquentes en Haïti qui accepte ces adoptions alors que d'autres pays refusent les célibataires. D'ailleurs, plus de 50% des personnes célibataires adoptent des enfants de cinq ans et plus. Enfin, d'une façon générale, la proportion des adoptions tardives augmente avec l'âge des adoptants 1.

Selon une étude menée auprès d'une quarantaine de familles ayant réalisé une adoption tardive 2, les adoptants se tournent vers cette possibilité pour diverses raisons:

  • ils ont déjà un ou plusieurs enfants, adoptés ou biologiques, et ils veulent ajouter un autre enfant à leur famille sans revivre l'expérience «d'avoir un bébé»;

  • souvent, les adoptants ont d'abord projeté l'adoption d'un enfant plus jeune mais ils ont changé d'avis en cours de route en espérant accélérer le processus. Ils pensent, à tord ou à raison, que les jeunes enfants sont plus rares alors que les enfants plus âgés, moins recherchés, sont plus faciles à adopter. Certains adoptent des fratries pour les mêmes raisons;

  • d'autres adoptants se font simplement proposer un enfant relativement âgé, alors qu'ils n'y avaient pas pensé, et ils n'osent pas dire non à cet enfant abandonné;

  • certains adoptants choisissent délibérément des enfants dont «personne ne veut», qu'ils soient déjà grands ou handicapés;

  • d'autres parents souhaitent réduire la différence d'âge entre eux et l'enfant ou encore entre l'enfant adopté et leurs autres enfants;

  • ou plus terre-à-terre, les adoptants veulent «sauter l'étape des couches» ou encore ils rêvent d'un enfant à «tenir par la main» et ils n'ont pas le goût du maternage;

  • d'autres encore veulent que l'enfant soient moins accaparant qu'un bébé, par exemple parce qu'ils désirent retourner rapidement au travail.

Quels que soient les motivations des parents adoptifs, l'adoption d'un enfant relativement âgé n'est pas moins «accaparante» que celle d'un jeune enfant, au contraire. Bien sûr, il n'est pas nécessaire de vérifier la température du biberon, mais il faut composer avec un petit être qui peut se montrer passablement plus compliqué.

Ceci est d'autant plus vrai que les adoptants ne sont pas nécessairement bien préparés à ce qui les attend. Dans la fébrilité de la préparation du projet d'adoption, les mises en garde de l'évaluateur psychosocial ou d'autres parents peuvent couler comme la pluie sur le dos d'un canard. Pourtant, les difficultés d'accueillir un enfant relativement âgé sont bien réelles. Voyons pourquoi.


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Les caractéristiques des grands enfants nés à l'étranger

 

    Les enfants relativement âgés disponibles à l'adoption internationale présentent des caractéristiques particulières simplement du fait qu'ils ont vécu plus longtemps dans leur pays d'origine. Ils ont déjà une connaissance de leur langue maternelle. Ils ont plus ou moins formé des liens affectifs avec des adultes. Ils ont connu davantage de circonstances difficiles et ils ont peut-être manqué des soins requis pour satisfaire leurs besoins physiques et mentaux.

Nous ne voulons pas noircir exagérément le «portrait» de ces enfants: beaucoup d'entre eux réussiront à surmonter leurs carences grâce aux efforts de leurs parents adoptifs et du milieu (écoles, spécialistes, etc.). Mais, si vous songez à adopter l'un de ses enfants, vous devez être conscient de leur réalité et du défi que cela pose pour vous. De toute façon, les professionnels qui réalisent les évaluations psychosociales ne manquent pas de vous questionner à ce sujet, de vous exposer les risques de votre projet d'adoption d'un enfant plus âgé.

Ainsi, voici les caractéristiques, ou les problèmes potentiels, de ces enfants dits «plus âgés»3:

  • originaire de pays en voie de développement, ils peuvent avoir été plus longtemps affectés par des carences aux plans alimentaire, médical, affectif et intellectuel;

  • l'enfant peut être adopté assez rapidement sans véritable préparation à ce qui l'attend;

  • ils peuvent avoir été victimes de négligence, d'abus physiques et/ou sexuels;

  • ils sont souvent issus de famille monoparentale (mère), ils peuvent avoir été abandonnés dans des lieux publics ou confiés à l'orphelinat sans antécédents sociaux ou médicaux. Ils peuvent avoir déjà connu plusieurs séparations et des transferts de foyer ou d'orphelinat;

  • ces enfants présentent souvent une insécurité affective plus ou moins grande, un syndrome de l'abandon, une difficulté à vivre les séparations et/ou ils éprouvent de la méfiance et de la difficulté à s'attacher aux adultes;

  • en les adoptant, ces enfants vivent une rupture culturelle, un changement de climat, de nourriture, de langue, de musique, de traits physiques, de coutumes, d'habitudes de vies, etc.;

  • ils peuvent rencontrer des problèmes d'identification personnelle, vivre une «double identité» (ethnie et famille adoptive) et un besoin plus intense de retourner à leurs origines;

  • les plus vieux auront sans doute un retard scolaire, ils ne connaîtront pas ce qu'est la vie en famille et ils n'auront pas fait le deuil de retrouver leur famille d'origine;

  • ils pourront présenter des troubles de comportement: agressivité, mutisme, hyperactivité, régression, révolte, contestations de l'autorité des adultes;

  • ils auront pu connaître les traumatismes causés par la guerre ou des cataclysmes, ou encore, ayant eu à vivre dans la rue et ils seront très débrouillards et indépendants, au mépris de toute règle;

Eh oui, la liste n'est pas rassurante, pour dire le moins. Il est incroyable que, malgré tout cela, ces enfants puissent récupérer, avec l'appui indéfectible de parents adoptifs bien préparés. Mais préparés à quoi au juste?


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À quoi s'attendre après l'adoption? 2, 3

 

    Les enfants adoptés à plus de trois ans arrivent au Québec avec un passé plus ou moins difficile mais aussi avec des ressources personnelles. Avec l'aide de leurs parents adoptifs, et peut-être avec une aide plus spécialisée des services sociaux et médicaux, la plupart s'acclimatent, rattrapent leur retard et deviennent des enfants à peu près «normaux». Malheureusement, il arrive parfois que ce scénario ne se réalise pas et que 'enfant fasse l'objet d'un autre placement au Québec, sans que ce soit «la faute» de quiconque. En espérant contribuer au succès du plus grand nombre possible d'adoption, voici, en tenant compte que tous les cas sont uniques, quelques unes des situations auxquelles on peut s'attendre dans les cas d'adoption tardive:

  • souvent, immédiatement après l'adoption, l'enfant et sa nouvelle famille connaissent une période quasi idyllique. Tout nouveau, tout beau, ou presque. Puis, il y a une phase de recul ou de récession. L'enfant s'habitue à ce que ses besoins de première nécessité soient satisfaits; il réalise qu'il est fort loin de son ancien «chez-lui», qu'il ne reverra plus, selon le cas, sa famille d'origine, ses amis d'orphelinat, etc. Il n'a plus de repères; il ne lui reste à peu près rien de son milieu d'origine;

  • au début, l'enfant mange voracement. Il peut poser des gestes que les parents ne comprennent pas, il parle seul dans sa langue. Il ne s'associe pas à ses frères et soeurs et n'a pas d'ami;

  • ensuite, il peut passer par une phase d'autonomie et d'affirmation. L'enfant fera des colères, manifestera son opposition, signes somme toute positifs d'ajustement. Il tentera peut-être de manipuler son entourage pour établir sa personnalité et tester les limites de la capacité d'accueil de ses nouveaux parents;

  • l'enfant peut aussi rejeter ses nouveaux parents, refuser toute marque d'affection, tout en se sentant coupable d'éprouver ces sentiments. Il ressent une grande souffrance d'avoir perdu sa famille d'origine, son passé, ses habitudes, son pays. Il souffre de ne pas être issu de son nouveau milieu, d'être différent des autres enfants, voire d'être exclus par eux. L'enfant adopté alors qu'il est déjà grand doit vivre toutes ces difficultés en même temps, tout d'un coup;

  • l'enfant adopté d'âge scolaire pourra avoir des troubles d'apprentissage, des déficits d'attention, de l'hyperactivité, perturber le climat de sa classe, etc.. Il peut faire face à des préjugés ou à de l'incompréhension de la part du milieu scolaire, élèves, enseignants et direction confondus. Il peut nécessiter une rééducation orthophonique et d'autres problèmes liés à son apprentissage de sa nouvelle langue (mots inadéquats, contresens, etc.). Il peut ressentir de l'anxiété, du stress, une peur de l'échec et d'un autre abandon;

  • durant tout ce temps, le reste de la famille immédiate est aussi perturbé et requiert de l'attention. De plus, les autres membres de la famille, grands-parents, oncles, tantes, comprennent difficilement ce qui se passe. Ils perçoivent souvent l'enfant comme n'importe quel autre, ayant de la difficulté à imaginer la «réalité» d'où il vient;

  • bien soutenu, l'enfant parviendra à s'acclimater mais il faudra beaucoup de temps pour qu'il ait une relation «normale» avec ses nouveaux parents. Le manque d'amour ou d'entente réciproque sera pénible à vivre pour les parents. Éventuellement, sauf dans les cas extrêmes où le retrait de l'enfant de sa famille adoptive est la seule solution, il se laissera apprivoiser et développera un lien affectif durable avec ses parents.

Pour «passer au travers», les parents adoptifs peuvent demander l'aide de professionnels, mais, sauf pour les aides relatives à l'apprentissage scolaires (orthopédagogues, orthophonistes, etc.), ils ne le font que dans les cas extrêmes, ayant épuisés toutes leurs ressources 2. Ils peuvent aussi s'appuyer sur des groupes de parents comme eux, afin d'être écoutés, d'échanger des idées, de trouver des pistes de solution. Au bout du compte, les parents doivent compter sur leurs propres ressources pour aider leur enfant à s'intégrer. Voyons un peu quelles doivent être ces ressources.

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Les aptitudes parentales souhaitables 3, 4

 

    Tous les parents adoptifs doivent avoir plusieurs qualités pour réussir leur projet d'adoption, comme par exemple la patience, une grande capacité d'aimer, des relations stables avec leur milieu, avoir fait le deuil de leur infertilité ou assumer leur situation de parent unique, etc. etc. Toutefois, afin d'avoir le plus d'atouts possible dans leur jeu pour affronter les défis indiqués plus haut, les parents de l'enfant relativement âgé doivent avoir plusieurs aptitudes ou capacités additionnelles.

Notamment, les (ou le) parents adoptifs doivent:

  • avoir une très grande ouverture culturelle et connaître le mieux possible la culture d'origine de leur enfant, d'autant mieux que celui-ci est plus vieux;

  • être en mesure de percevoir les influences et les acquis qui découlent de l'origine de l'enfant et deviner ses problèmes d'acculturation;

  • ils doivent savoir déceler rapidement les carences que l'enfant a pu subir et savoir détecter les problèmes d'identité que l'enfant présente à son arrivée ou qu'il aura en grandissant et ils doivent comprendre leur rôle dans l'élaboration de cette identité;

  • être conscient des problèmes possibles d'intégration scolaire et vérifier auprès de l'école que l'enfant pourra compter sur les ressources nécessaires;

  • avoir une grande capacité d'empathie à l'égard des sentiments de l'enfant et la volonté de l'aider dans l'élaboration de ses mécanismes de défense et d'adaptation face aux stéréotypes sociaux;

  • avoir peu ou pas d'attentes envers l'enfant mais plutôt ressentir une acceptation inconditionnelle pour lui. Ils doivent être particulièrement tolérants, bien se connaître en terme de forces et faiblesses, être en mesure de se remettre en question ou d'être remis en question par l'enfant, être capable de changer, de se contrôler sans être, au moins au départ, gratifiés par une réaction de l'enfant. Les parents adoptifs ne doivent pas être obnubilés par l'image sociale mais ils doivent pouvoir compter sur une situation familiale déjà solide en elle-même;

  • être assez forts pour accompagner l'enfant dans sa souffrance, ses deuils, accepter qu'il soit insatisfait, avoir une grande disponibilité en terme de temps et d'énergie. Ils doivent être ouverts aux retrouvailles de la famille d'origine;

  • enfin, ils doivent accepter de participer à des groupes d'entraide ou de consulter si nécessaire des ressources professionnelles et être déterminés à aller chercher les services dont l'enfant et la famille a besoin.

NOTES:

  1. Les chiffres sont tirés du document suivant: «Les adoptions internationales au Québec, 1990-1994, Analyse des dossiers de suivi d'adoption du Secrétariat à l'adoption internationale», par Françoise Romaine Ouellette et Louis Robert Frigault, INRS-Culture et Société, ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, 1996, 60 pages.

  2. Tiré de: «La normalité familiale dans l'adoption internationale», par Françoise Romaine Ouellette et Caroline Méthot, Revue Dialogue - Recherches cliniques et sociologiques sur le couple et la famille, 1993, 3e trimestre, pages 16-29.

  3. Information provenant de: «L'adoption d'enfants plus âgés nés hors Québec», par Pierrette Jean et Monique Simard, Centre de services sociaux Richelieu, Septembre 1990, 15 pages.

  4. Tiré du document de travail suivant: «Synthèse de lectures pour le comité post-adoption» du Secrétariat à l'adoption internationale, par Claire-Marie Gagnon, représentante des associations de parents, juin 1997, 20 pages.



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©  Copyright 1997- Gilles Breton Tous droits réservés.

Date de publication: 2 décembre 1997
URL = http://www.quebecadoption.net/adoption/preadopt/vieux.html