Quand l'enfant rejette son parent

    Il est de plus en plus courant aujourd’hui que les enfants que nous adoptons aient entre douze mois et trois ans.  Bon nombre de ces jeunes enfants ont été arrachés à un milieu qui leur était connu, ont dû faire le deuil de la personne qui s’occupait d’eux, ont connu l’abus, la négligence et de multiples perturbations au cours de leur courte vie.  Les enfants qui ont vécu en orphelinat ont connu la pauvreté et des soins souvent très inappropriés.

L’adoption de jeunes enfants présente d’énormes défis.  De nombreux professionnels et de nombreux parents adoptifs continuent cependant naïvement de croire que beaucoup d’amour suffira aux parents et à leurs enfants pour créer rapidement des liens d’attachement.  Il est vrai que la plupart des jeunes enfants s’attacheront éventuellement à leurs parents mais il reste que la plupart des enfants qui sont adoptés à un âge un peu plus avancé présentent tout un défi.

Les enfants, pour lesquels on n’a pas vu aux besoins primaires, ont appris à ne pas faire confiance.  La plupart des enfants qui ont connu le rejet développent des comportements qui les mettent en situation de rejet.  Certains des enfants adoptent ces comportements avec tous les adultes sans distinction tandis que d’autres rejettent systématiquement leurs parents.  Dans les cas de familles où il y a deux parents, l’enfant peut rejeter ses deux parents ou agir très différemment avec un parent au détriment de l’autre.

Lorsque l’enfant rejette délibérément un des deux parents, la très grande majorité des enfants rejettent la mère.  Il ne semble pas exister de corrélation évidente entre le sexe de l’enfant ou la situation dans laquelle était l’enfant avant son adoption, mais on constate que dans la plupart des cas, ce sont des femmes qui avaient pris soin de ces enfants et que ce sont de femmes dont la plupart des enfants ont été séparés.

Le rejet se manifeste de différentes façons selon les enfants.  Il peut varier de l’indifférence totale à l’agression physique et verbale en passant par le refus de toute forme de toucher.  L’enfant peut également adopter un comportement soit disant normal en présence des deux parents mais agir tout autrement en présence d’un seul des deux.

Il est important de rappeler que l’âge de l’enfant, c’est-à-dire où l’enfant en est rendu dans son développement au moment de son adoption, compte pour beaucoup dans les risques qu’il y ait des troubles d’attachement.  Les deux étapes cruciales dans le développement du jeune enfant sont les liens de confiance que l’enfant établit et le début de son parcours vers l’autonomie.  Une dépendance saine est préalable à ces deux étapes.  Les jeunes enfants qui n’ont pas pu s’attacher de façon solide dans leur tendre enfance présenteront vraisemblablement des problèmes face à la séparation, n’auront pas une bonne estime de soi et n’afficheront pas de signes les menant vers l’autonomie.  Ils préféreront plutôt adopter des comportements de retrait ou au contraire, d’opposition.

Les enfants qui avaient formé des liens d’attachement sains avec les personnes qui s’étaient occupées d’eux mais qui avaient été mal préparés à vivre avec leur nouvelle famille, c’est-à-dire à qui on avait offert aucune période de transition, peuvent de façon très agressive rejeter leur mère de manière à protéger la relation qu’ils avaient avec la personne qui s’était occupée d’eux auparavant.

Les jeunes enfants peuvent au début réagir de manière indifférente ou même manifester superficiellement de l’affection pour leurs parents mais devenir de plus en plus hostile au fur et à mesure que la relation devient plus intense.  Ce pattern est un pattern type que l’on rencontre chez les enfants qui ont vécu en milieu institutionnel.  Les enfants qui ont subi par le passé des pertes au niveau affectif, travaillent très fort pour se blinder contre la douleur d’un autre rejet.

Le parent qui n’est pas la personne principale qui s’occupe de l’enfant peut très bien ne pas être la cible du comportement ambivalent ou hostile de l’enfant puisque ce parent n’a pas encore empiété sur les mécanismes d’autodéfense des jeunes enfants ayant des troubles de l’attachement.  Le parent rejeté devra mettre l’accent sur la façon de gagner la confiance de l’enfant.  Une des techniques employées consiste à établir un retour en arrière en nourrissant eux-mêmes l’enfant du moins pour quelques uns des repas.  Donner le biberon à l’enfant, le bercer constituent entre autres, des éléments de stimulation tactile et visuelle.

Ignorer un comportement de rejet ou le punir ne sont pas des manières efficaces de réagir.  Des moments de retrait ou toute autre forme d’isolation ne font que confirmer pour l’enfant qu’il est rejeté.  Un enfant qui ne comprend pas encore sa langue d’adoption comprend toutefois très bien les différentes intonations que le parent utilise qu’il soit calme, heureux ou en colère.  Un enfant en colère ne devrait jamais être laissé tout seul avec sa colère.  L’auteure de l’article préconise de prendre l’enfant de façon thérapeutique (therapeutic holding). 

Nycole Dumais
Publié dans «Fleurs du monde», journal de l'association Familles au coeur québécois, hiver 2003.

Lecture suggérée : Toddler Adoption : The Weaver’s Craft de Mary Hopkins-Best  
Résumé de l’article «When Adopted Toddlers Reject Their Parents» au site de Perspective Press.

 

 



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Publication: 27 juin 2003