L'intégration au milieu 1


    En général, l'expérience montre que les enfants nés hors Québec s'adaptent assez bien à leur nouveau milieu, surtout si l'enfant a été adopté très jeune. Plus l'enfant est adopté à un âge avancé, plus l'adaptation peut être difficile.

Il faut tenir compte du fait que les enfants nés hors Québec, en plus d'avoir les mêmes besoins physiques, psychosociaux et intellectuels que tout autre enfant, présentent des caractéristiques particulières. Ces enfants sont devenus vulnérables, à cause de circonstances de vie plus difficiles. Ils peuvent avoir été marqués par des privations alimentaires ou médicales et avoir subi toutes sortes de perturbations psychologiques.

Par exemple, on peut considérer le cas d'un bébé, arrivé au Québec à l'âge de 8 mois, en mauvais état physique: grippe, diarrhée, gale, etc. Les parents adoptifs se présentent à un hôpital montréalais quelques jours après son arrivée. Le pédiatre, à la vue de cet enfant si mal en point, fait un diagnostique très sombre, sans tenir compte des privations dont le bébé a souffert.

Résultat: les parents adoptifs n'ont pas été assez forts pour défendre cet enfant et l'ont abandonné à l'hôpital. Le bébé a par la suite été examiné par un autre médecin, qui a tenu compte de ses antécédents, et son diagnostique a été beaucoup plus optimiste. Cet enfant a été placé chez un autre couple adoptif où il récupère bien de ses nombreux retards.

Donc, au départ, il faut tenir compte de ce qu'un enfant a vécu et croire en lui. Il faut avoir confiance qu'avec de bons soins, de l'amour, une bonne stimulation, un enfant peut récupérer des sévices qu'il a subis.

On peut aussi considérer les enfants abandonnés dans des lieux publics. Imaginez l'insécurité profonde chez ces enfants et leur très grande peur d'être encore abandonnés. Il faut préciser que tout enfant adopté, qu'il soit québécois ou étranger, a été abandonné et qu'il vit une peur de l'abandon qui se traduit par des comportements d'insécurité et souvent aussi de confrontation. Il faut être capable d'accompagner l'enfant dans cette souffrance.

Par exemple, une petite Coréenne refusait d'aller jouer dehors sans sa mère. Cette situation a duré un an. L'enfant adopté a un besoin de vivre des expériences de certitude et il a un besoin très grand de se faire dire « tu ne seras plus jamais abandonné».

Il faut beaucoup, beaucoup de temps pour que l'enfant arrive à faire confiance à autrui. Un jour, une personne adulte qui avait été adoptée disait: « Moi, je me suis toujours senti déprimé au même moment de l'année. J'ai finalement réalisé que cela correspondait au mois de mon abandon.» C'est donc dire qu'un sentiment d'abandon peut laisser une trace longtemps, très longtemps.

Il faut aussi penser aux enfants qui ont été séparés de personnes importantes et aussi de leur pays. Ces enfants vivent un deuil. Par exemple, un petit Coréen, arrivé à 2 ans 1/2 au Québec, se réveillait en pleurs la nuit et réclamait sa mère d'accueil Coréenne. Il refusait que sa mère adoptive l'approche. C'est donc le père qui a eu le rôle de consoler l'enfant. La mère a été capable de laisser la place à son mari, sans se sentir mise de côté. Elle a su «attendre» l'enfant et finalement sa patience a eu des effets bénéfiques sur l'attachement mère fils.

Ainsi, pour réussir l'intégration de l'enfant à son nouveau milieu, il est important de comprendre l'enfant, de savoir reconnaître ce qu'il vit et de lui donner le droit d'exprimer ses sentiments. Quelquefois, ce n'est pas facile, parce qu'on ne connaît pas le passé de l'enfant et il est difficile de composer avec «l'inconnu».

Il faut aussi tenir compte des habitudes de vie acquises par l'enfant et qui posent parfois problème lors de l'intégration. Par exemple, dans certains pays, le bébé est continuellement pris dans les bras de sa mère d'accueil. Comment composer avec cette habitude? Dès que l'enfant n'est plus dans les bras d'une mère, c'est la crise: pleurs intenses et interminables. Certains parents sont incapables de faire face à cette situation.

D'autres parents assument mieux cette réalité, notamment en parlant beaucoup à l'enfant, même si c'est un bébé, et en s'affirmant comme parent. Cette attitude d'affirmation de votre statut de parent est d'ailleurs très importante. Combien de mères, sentant l'attachement du bébé à une autre mère, se sont senties «arracheuses ou voleuses» d'enfant. Un tel sentiment, bien qu'il soit compréhensible, est très inconfortable et nuit grandement à la création des liens.

À titre d'exemple, citons le cas d'une petite Colombienne qui confrontait quotidiennement sa mère adoptive « moi, ma mère colombienne, etc.». La mère adoptive laissait beaucoup de place à cette première mère de l'enfant, c'est-à-dire qu'elle ne s'affirmait pas comme sa nouvelle mère, si bien que la petite s'est mise à présenter des problèmes de comportement.

Les comportements des enfants nous parlent: on s'est aperçu que la petite nous disait «moi, je n'ai plus de mère». En effet, la première mère n'était plus dans la vie de l'enfant et sa deuxième mère ne prenait pas sa place. Jusqu'au jour où sa mère adoptive s'est confirmée comme mère en disant à l'enfant: « Ta mère colombienne t'aimait beaucoup, mais elle n'était pas capable de s'occuper de toi, c'est bien triste, mais maintenant, c'est moi ta mère». Le lendemain, la petite s'est mise à l'appeler «maman» et les problèmes de comportement ont commencé à disparaître. On comprend que l'enfant était comme assise entre deux chaises.

Il y a des parents qui considèrent très important d'assurer à l'enfant une continuité dans ses habitudes de vie. Ils sont allés chercher l'enfant dans son pays et ils connaissent ses habitudes. Ce n'est que progressivement qu'ils font en sorte que l'enfant développe de nouvelles habitudes. Il laisse à l'enfant une période transitoire, une période d'adaptation.

Prenons ici l'exemple d'une petite fille chinoise de 3 ans 1/2 qui refusait de manger avec une fourchette, habituée qu'elle était d'utiliser des baguettes. Les parents lui en ont achetées et, d'elle-même, au bout d'un certain temps et voyant ses parents faire, elle s'est mise à accepter la fourchette. Si possible, le fait de laisser le temps à l'enfant, de ne pas le bousculer est une bonne idée; l'enfant arrivera de lui-même à adopter de nouvelles façons de faire.

Source:

  1. Adapté d'une allocution présentée lors d'un dîner conférence d'une association de parents par Mme Liette Robert a. r. h., Centre jeunesse de la Montérégie, Québec, le 15 sept. 1991.
    Rédaction: Gilles Breton


Page d'accueil
Haut de la page
Haut de la page

©  Copyright 1997- Gilles Breton Tous droits réservés.

URL = http://www.quebecadoption.net/adoption/postadopt/integra.html