L'identité des adolescents adoptés

Résoudre le roman familial

Qu’est ce que le roman familial ?

«Un enfant n’a jamais les parents dont il rêve.

Seuls les enfants sans parents ont des parents de rêve.»

Cylrulnik, psychanalyste

Tout enfant biologique ou adopté, utilise à un moment ou un autre, le roman familial. C’est un moyen d’apaiser des tensions intérieures. L’enfant idéalise ses parents. Il les souhaite parfaits et il les voit ainsi. Vient un moment où il réalise que, malheureusement, ils ne sont pas parfaits. Pour remédier à cette situation, qui lui cause des problèmes, l’enfant met en action son imaginaire et se met à fantasmer à des parents idéaux. Certains en viennent à penser qu’ils ne viennent pas de la famille, qu’ils ont été kidnappés et que, quelque part au loin, existe une famille aimante et compréhensive qui les aimerait tendrement. L’enfant biologique peut penser avoir été adopté, même s'il a toutes les preuves contraires!

Le roman familial atteint son apogée à l’adolescence. Pour les enfants biologiques, ce rêve s’éteint de lui-même vers l’âge de 10-12 ans. Il vient à accepter ses parents pour ce qu’ils sont, parfois bons, parfois mauvais.

Qu’en est-il chez les adolescents adoptés ?

Pour les enfants adoptés, la situation est différente. Il existe bel et bien quelqu’un, au loin, qui pourrait bien s’inquiéter de lui, qui pourrait bien l’aimer comme il le souhaite. De plus, cette personne pourrait bien lui ressembler, quelle joie! Ce n’est pas un fantasme, il y a peut-être une dose de réalité ! Pour cette raison, le roman familial demeure vivant plus longtemps dans l’esprit des jeunes adoptés. Il est présent chez plusieurs durant l’adolescence et parfois même jusqu’à l’âge adulte.

L’enfant adopté se sert du roman familial pour apaiser son mal d’abandon. Pour mieux vivre cette situation, il garde espoir d’avoir été voulu par ses parents biologiques. Ils les idéalisent. C’est à cette image de parents d’origine parfaits que le jeune compare ses parents adoptifs. Tout un défi n’est-ce pas ?

Il ne faut pas oublier que le roman familial sert d’outil pour réduire un mal vis-à-vis l’imperfection de ses parents. Ce mal est encore plus intense chez l’adopté qui doit vivre avec le deuil de ses origines. Tant que le travail de réconciliation avec son passé n’est pas fait, le jeune voudra se protéger en entretenant le plus possible le roman familial.

"Si j’étais avec mes parents biologiques, eux ils me comprendraient!"

L’adolescence est une période de confrontation de valeurs avec les parents. Comme tous adolescents, l’ado adopté se cherche, cherche ses valeurs. Cela ne se fait pas sans remise en question, sans argumentation. Ce processus normal de conflits de valeurs avec les parents, est souvent mis sur le dos de l’adoption. Plusieurs ados en viennent à penser que les parents biologiques, les comprendraient beaucoup mieux que les parents actuels! Le roman familial est toujours en fonction...

Les limites du roman familial

Il y a des limites au roman familial chez l’adopté. L’adolescent qui développe ses capacités cognitives vient à réaliser toute l’ampleur de l’abandon et arrive difficilement à se protéger de cette réalité par le roman familial. La fuite vers l’imaginaire n’est plus possible. Il acquiert un esprit plus logique. Grâce à ses nouvelles capacités cognitives, l’ado peut maintenant réfléchir sur les possibilités perdues. Il est en position de se demander comment sa vie aurait pu être s’il n’avait pas été adopté. Ces questions plus terre à terre viennent réduire l’importance du roman familial

Pour certains, cela occasionne une grande souffrance et/ou de la colère.

Certains vivront de la colère envers leur mère biologique. Cette colère se transfèrera parfois contre le pays d’origine, la mère adoptive ou eux-mêmes. Certains ados, ne pouvant plus idéaliser leur naissance, peuvent en venir à se blâmer pour l’abandon. Ils se sentent responsables de leur abandon. Ils n’ont pas été assez bons, assez aimables. Leur estime de soi peut en être affecté. En se donnant une image négative, l’ado peut en arriver à agir comme il se perçoit. Il agira comme un mauvais garçon, avec tout ce que cela peut impliquer.

Comme le dit Christine Dillenbourg dans adoption : le cap difficile, "Idéaliser, c’est aussi se révolter contre l’abandon initial. Souvent, on assiste chez les jeunes à un va-et-vient entre rejet et idéalisation. C’est délicat pour les parents d’être à l’écoute, ils doivent l’accepter."

Rappelez-vous que tous les enfants passent à travers ce stade, adoptés ou non. Le roman s’éteindra le lui-même, sans trop de difficulté, pour la grande majorité. Il faut savoir accorder plus de temps à nos ados pour y arriver car le fantasme risque de vivre plus longtemps pour eux.

Auteure:
Lucie Bourdeau
Familles au coeur québécois, janvier 2002



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©  Copyright 1998-2002 Lucie Bourdeau Gilles Breton Tous droits réservés.
Date de publication: janvier 2002

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