L'identité des adolescents adoptés

L’identité physique chez l’ado adopté

Les adolescents développent leur identité en voyant ce qui les rapproche et les différencie des autres, de la société et de leur famille.

Une grande part de leur identité provient de leur apparence extérieure qui, durant l’adolescence, prend beaucoup d’importance. Il faut dire que durant cette période, le corps vit de grandes transformations. On ne peut qu’être concerné par son apparence quand celle-ci se modifie.

Avec cette transformation vient également une redéfinition de la personne. Qui est ce nouveau reflet devant moi ? Cette jeune femme, ce jeune homme ? Où est passé l’enfant que j’étais ? Cette transformation les amène à se questionner davantage sur leur origine biologique.

Les questionnements de l’adolescent adopté

Quand on demande aux jeunes ce qu’ils souhaitent connaître sur leur origine, une de leur première question, après le fameux "pourquoi" est d’avoir des renseignements sur l’apparence physique de leurs parents d’origine. Par la suite, ce sont les traits de caractères qui les intéressent. Ce besoin viendrait du désir d’appartenir, de se retrouver en quelqu’un.

Il est difficile pour eux de se faire une idée de leur physique, alors qu’ils ne ressemblent à personne. C’est un étranger qui se retrouve dans leur miroir. Ils n’ont pas de modèles susceptibles de leur montrer à quoi ils ressembleront une fois la croissance complétée.

Sont-ils beaux? Sont-ils laids? Leur impression aura de l’impact sur leur estime de soi. Les ados adoptés se questionnent beaucoup sur leur apparence physique. Ils en viennent à se demander comment ce corps se transformera. Sera-t-il gros? Quand vont-ils cesser de grandir? À qui ressembleront-ils? Toutes ces questions sont particulièrement troublantes pour les jeunes ne partageant pas la même race que celle de leurs parents.

Les inquiétudes biologiques

Le côté biologique les amène également à se questionner sur leurs antécédents médicaux. Y a-t-il des cas de cancer ? Viennent-ils d’une famille avec des troubles cardiaques? Vivent-ils vieux? Y a-t-il une histoire de maladie mentale ?

Toutes ces questions, anodines, pour une personne qui n’a pas été adoptée, deviennent importantes pour l’adopté. Cette situation est réactivée à chaque visite médicale quand l’on doit dire ne rien connaître de son passé.

Quelques-uns iront jusqu’à être plus à l’écoute de leurs symptômes, croyant qu’ils peuvent potentiellement être fragiles face à une maladie. Ils se disent que tout est possible, puisqu’ils ne connaissent rien de leurs antécédents médicaux.

Aspect psychosocial

C’est à l’adolescence que la recherche de visages semblables dans la foule prend de l’importance. L’adolescent cherche des modèles pouvant lui ressembler. Il se questionne devant une personne avec qui il partage des traits physionomiques ou caractériels. Serait-ce un frère ? Une cousine éloignée ? Il cherche à s’identifier à d’autres.

Cette recherche fait en sorte qu’un adoptant peut en arriver à se questionner sur son amoureux(se), surtout s’il/elle lui ressemble. Ce peut-il qu’il soit relié par le sang avec cette personne ? Il est vrai qu’en adoption internationale le risque est peut-être moins grand, mais la question demeure présente chez la personne. Il y a toujours un doute possible…

La différence physique peut amener l’ado à se sentir mal à l’aise avec sa famille adoptive. Il peut être gênant de se promener avec une mère blanche et passer pour son jeune amoureux. Il peut être embarrassant de mesurer 6 pieds et d’être entouré de gens de petite taille. C’est un rappel constant à la différence. L’adolescent peut le vivre comme une exclusion au clan familial ou comme un grand malaise. Prenez votre mal en patience, l’adolescence ne dure que quelques temps ! Tentez d’aborder cette différence par l’humour. Votre ado risque fort bien de vouloir entrer dans ce jeu.

Un autre facteur embarrassant durant la puberté est la précocité de la maturation sexuelle chez plusieurs races par rapport à la race blanche. Ce phénomène cause plusieurs malaises chez l’ado qui se sent décalé par rapport à ses pairs. Il est perçu plus vieux que ses copains alors que sa maturation émotive est souvent plus lente en raison des difficultés reliées à l’abandon.

L’importance du physique comme partage d’intimité

L’apparence physique sert aussi à créer des liens plus solides avec autrui. Une recherche américaine a démontré que 70 à 80% des jeunes garçons adolescents non adoptés tissaient des relations plus étroites avec leur père s’ils partageaient le même bagage physique. Cette proportion diminuait de 20 à 30 % quand les différences physiques étaient notables.

Si le corps est si important, c’est qu’il permet de partager des activités communes, propres au physique des gens. Un grand homme, amateur de football, peut difficilement partager son goût du sport en jouant au foot si son fils est plutôt chétif et tourné vers les arts.

Cela ne veut pas dire qu’il nous sera impossible de créer un lien d’intimité avec nos jeunes qui sont si différents de nous.

Si on ne partage pas les habiletés sportives ou intellectuels de son jeune, rien n’est perdu. Si on n'a pas le même physique qui permet d’exceller dans les mêmes sports, rien n’est perdu. Il serait étonnant que vous ne trouviez rien de commun à vivre avec votre enfant.

Le secret est dans l’écoute et la reconnaissance des différences. Soyez ouverts aux différences. Voyez-les comme des cadeaux vous permettant d’apprendre et partager des choses qui ne vous auraient pas été accessibles autrement.

Offrez à votre enfant des chances d’épanouissement même si vous n’avez pas les mêmes aptitudes. La fierté et l’encouragement que vous donnerez à votre enfant ne peuvent que tisser des liens étroits.

Auteure:
Lucie Bourdeau
Familles au coeur québécois, janvier 2002



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Date de publication: janvier 2002

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