L'identité des adolescents adoptés

Le sens de l’adoption dans la vie de l’adolescent

Il y a des périodes dans la vie où l’intérêt pour ses origines augmente. La pré- adolescence en est une. C’est à cette période, que l’adolescent prend conscience du lien biologique qui unit les individus les uns aux autres, de génération en génération.

Cet intérêt face aux origines est stimulé par la quête d’identité. Selon la théorie du développement d’Erikson (psychanalyste), trois composantes entrent dans le développement de l’identité.

"La première est un sentiment d’unité intérieure qui intègre l’agir en un tout cohérent."

La deuxième est "l’interaction avec les personnes importantes du milieu qui le guide."

La dernière touche particulièrement les origines, "le sentiment de continuité temporelle reliant le passé, le présent et le futur." Le jeune a conscience de passer à travers une trajectoire de vie qui a un sens. C’est sur cette dernière composante que je m’attarderai. En raison de lacunes sur ses origines, l’adopté, comparativement aux adolescents non adoptés, vit sa crise d’adolescence de façon plus existentielle.

Le sens de la vie chez l’adolescent adopté

Tous les êtres humains s’intéressent au début des choses. On se donne des modèles pour ne pas penser au vide. On a qu’à penser à tous ses chercheurs qui tentent de retracer le début du monde, de l’univers. Que dire de toutes les religions qui apportent leur réponse à la création du monde, au sens de la vie et de la mort. On est en recherche de réponses pour toutes choses. Pensez, par exemple, aux gens qui ont perdu un être cher par le suicide. Comme il leur est difficile de vivre avec le pourquoi, le manque de réponse à leur question? L’adopté s’intéresse non seulement au pourquoi et comment du début du monde mais aussi à son début, à ses origines.

Plusieurs adolescents sont concernés par le cycle de la vie. Pour eux, ce cycle n’est pas complet, il n’y a pas un sens de continuité. Comment peuvent-ils penser au futur quand il n’y a pas de rattachement au passé? Ils se demandent comment ils peuvent exister, comment leur vie peut avoir un sens quand il n’y a pas de début connu? Pour certains, il devient difficile d’envisager l’avenir puisqu’il n’y a pas de lien tangible avec le passé. Comment peut-on dire qui l’on est quand on ne sait pas d’où l’on vient? Ils ont envie de vérifier s’ils existent vraiment. Il est important pour eux d’avoir un début et un recommencement.

Comment vivre avec ce manque?

Plusieurs jeunes interprètent ce manque de façon imagé. Cela leur permet de donner un certain sens à ce qu’ils vivent. Par exemple un dira que sa vie est comme un casse-tête incomplet. Il est difficile de se faire une idée de l’image quand il manque des morceaux. Cela amène de la frustration et de la colère. D’autres imaginent leur vie comme un maillon d’une chaîne. Malheureusement, le maillon est seul, il manque le début de la chaîne. Comme il manque le début, comment peut-il y avoir des maillons à la suite de ce dernier?

D’autres voient leur vie comme un livre que l’on débute à moitié chemin ou comme une marionnette sans fil. D’autres disent que la vie continue mais que quelque part, ils se sont arrêtés pour trouver leurs racines. Comment un arbre sans racine peut-il donner des fruits?

Pour ma part, ayant également été adoptée, je me rappelle m’avoir visionnée comme une fleur poussant dans un désert. Que fait-elle là ? Elle est seule, déplacée. D’où venait-elle? Pour en arriver à visionner un avenir je fis pousser des petites fleurs semblables à la mienne et y ai incorporé des fleurs de différentes espèces. Cette vision demeure très symbolique de ma vie.

Ce n’est pas toutes les personnes adoptées qui voudront ou pourront retrouver leur racine. Par contre, ils doivent tous apprendre à composer avec cette réalité, ce manque.

Ces images de la vie permettent de donner un certain sens à sa vie, aux connaissances que l’on a de soi. Elles aident à se forger une identité On réussit ainsi à se réconcilier avec son passé et à l’intégrer, l’accepter pour ce qu’il est. On peut, dès lors, aller de l’avant. Certains vivent plus durement cette étape. Il est difficile d’abandonner le rêve pour accepter la réalité qui est parfois plus difficile à digérer. Difficile d’accepter d’être un livre dont on ne connaît pas le début de l’histoire…

Tâche difficile pour quelques-uns !

Il semblerait que les jeunes ayant été adoptés plus tardivement se questionneraient davantage que ceux ayant été adoptés en bas âge. Ce serait dû en raison de leur plus grand bagage de souvenirs. Ils ont plus de "triage" à faire.

Quelques-uns vivront des difficultés scolaires durant cette période. Il est en effet très difficile d’intégrer de la nouvelle matière alors que toute l’attention est portée sur des questions existentielles. La tête est déjà pleine.

Comme on peut le constater, ce retour aux origines est tout à fait légitime et ne met pas en cause l’attachement aux parents adoptifs. Il s’agit d’un processus tout à fait normal. Il n’est pas non plus attribuable à une mauvaise adaptation. C’est une partie intégrante de la formation de l’identité.

Auteure:
Lucie Bourdeau
Familles au coeur québécois, janvier 2002





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Date de publication: janvier 2002

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