L'identité des adolescents adoptés

L’adopté vis-a-vis sa mère, adoptive, biologique et mère patrie

La mère adoptive

Comme pour tout enfant, le jeune adopté voit en sa mère la personne avec qui parler de ses problèmes. C’est la confidente numéro un dans la famille. C’est elle qu’il décrit comme le comprenant et le connaissant le mieux dans la famille.

Une recherche intitulée «L’adoption internationale au Canada», produite par Anne Westhues et Joyce Cohen, démontre que les enfants adoptés manifestent une relation de proximité avec leur mère de l’ordre de 64% alors qu’elle est de 71% chez les enfants biologiques de la même famille. La relation intime d’un jeune adopté avec sa mère est donc légèrement moindre que celle de l’enfant non-adopté.

Une étude américaine datant de 1985, démontre que les adolescents adoptés perçoivent leur mère plus loyale, aidante, présente et responsable que les mères d’enfants demeurant avec leur famille d’origine. On attribue cette situation au fait que ces mères ont attendu longtemps l’arrivée d’un enfant et qu’elles s’investissent grandement dans leur rôle de parent. Il y a un engagement réel et une volonté de bien réussir.

On croit également que l’ado réalise que sa mère l’aime tout autant que si elle l’avait porté. L’ado reconnaît le grand amour de sa mère.

Malgré cette marque d’amour et de reconnaissance, elle subit plus directement l’agressivité de son adolescent. Comme dans la majorité des familles, elle est plus présente ou plus disponible, ce qui l’amène à vivre plus de conflits.

Elle représente également la blessure initiale. Elle est la cible d’impuissance, de chagrin et de révolte de son enfant. Elle est visée car elle a pris la place de la mère d’origine.

La mère d’origine

Cette mère est très souvent idéalisée par le phénomène du roman familial. C’est à la perfection de la mère biologique que l’enfant va comparer sa mère adoptive. Le danger quand l’enfant idéalise trop sa mère d’origine, est de risquer de ne pas s’attacher complètement ou aussi facilement à sa mère actuelle. Il n’a pas la capacité de voir en demi-teinte. Tout est bon ou mauvais. La mère adoptive peut donc se voir offrir le rôle de fausse et mauvaise mère.

L’enfant se protège en idéalisant sa mère biologique. Il peut en conclure que lui aussi est aimable et bon puisqu’il vient d’une merveilleuse personne!

Couteau à deux tranchants, Il peut également en déduire que si cette femme est bonne et qu’elle ne l’a pas gardé, c’est peut-être parce que lui, est un problème, un mauvais bébé? Il agira en fonction de l’image qu’il a de lui pour se donner raison.

À un certain point, souvent à l’adolescence, le jeune a besoin, pour se structurer, du droit de haïr ses géniteurs. Si, au lieu de penser que lui n’a pas de valeur, il fait porter le blâme à cette mère d’origine qui l’a abandonné, il risque beaucoup moins d’en ressortir écorché. Il faut donc accepter cette haine passagère envers la mère d’origine.

L’enfant peut donc passer de l’amour le plus total à une haine violente face à sa mère biologique. Certaines mères adoptives diraient sensiblement la même chose!

La mère patrie

À l’adolescence, deux phénomènes opposés face à la curiosité du pays d’origine peuvent survenir.

Pour le premier groupe, il y a un intérêt pour tout ce qui touche au pays d’origine. Ils souhaitent apprendre la langue, connaître la culture et visiter le pays. Comme pour la haine envers la mère d’origine, cette période est passagère et diminue au fur et à mesure que l’adolescent a fait son ménage sur ses origines. Il est bon d’être à l’écoute de cet intérêt pour pouvoir y répondre.

Pour le deuxième groupe, c’est tout le contraire. Ils peuvent manifester une indifférence totale voire même le rejet de leur origine. C’est une façon de refuser de voir leur abandon. Ils reportent sur le pays d’origine la douleur qu’ils portent à leur mère biologique. Là également, la situation est temporaire. Elle aide l’enfant à gérer sa colère et à la diriger sur quelque chose. En agissant ainsi, l’entourage vit moins d’agressivité.

Dans les deux cas, il s’agit de transfert de sentiments de la mère d’origine à la mère patrie.

Cet intérêt ou désintérêt pour le pays d’origine peut être également dû non pas à un transfert de sentiments mais à la perception que l’adolescent se fait de ce pays.

La perception du groupe majoritaire du pays d’origine, peut influencer grandement le désir du jeune à s’identifier ou non à cette culture lointaine. Si les gens de sa culture d’origine sont bien perçus, il lui sera plus facile de se l’approprier. Il pourrait vivre un malaise d’exprimer une curiosité pour son pays d’origine si ce dernier est mal perçu de la majorité.

Un autre facteur accentuant son désir de connaître son pays d’origine peut provenir de son rejet au sein du groupe majoritaire. Il risque de n’avoir pas le choix que de s’identifier à son groupe d’origine pour se sentir soutenu par des pairs. Cela peut alimenter sa curiosité pour son pays d’origine.

Comment ce transfert de la mère au pays, peut-il aider les adolescents adoptés ?

  1. Il est plus facile de poser des questions sur son pays d’origine que sur sa propre origine. La position est plus confortable pour l’adolescent.
  2. L’ado se sent moins coupable de dire qu’il s’intéresse à son pays d’origine qu’à sa mère d’origine.
  3. Cela élimine le conflit de loyauté. En disant vouloir connaître le pays plutôt que la mère d’origine, l’ado se sent moins coupable.
  4. Cela facilite le dialogue en lui donnant de la souplesse et en rendant le dialogue moins émotif.
  5. Si l’ado porte de la haine envers son pays d’origine, ce sera moins dommageable pour son estime de soi. Il respecte ainsi les parents d’origine et sa propre personne.

    Auteure:
    Lucie Bourdeau
    Familles au coeur québécois, janvier 2002



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©  Copyright 1998-2002 Lucie Bourdeau Gilles Breton Tous droits réservés.
Date de publication: janvier 2002

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