L'identité et la différence


Être parent d'un enfant différent 1


    Les parents ayant adopté un enfant à l'étranger n'ont pas la tâche facile. Ils doivent aider l'enfant à trouver son identité alors qu'il est si différent des autres. Pour vous aider dans cette démarche, voici quelques points de repère:

  • La différence de culture est surtout une question de perception et d'attitude, et non une question de couleur de peau. En fait, tous les enfants sont différents en terme de goûts, de personnalité, d'attributs physiques. Un parent sain reconnaît et accepte les différences.

  • Être parent ne s'apprend pas dans les livres. C'est comme apprendre à marcher: c'est une question d'équilibre. Il faut se faire confiance, être vraiment présent et mentalement disponible. Alors, les enfants viennent vite nous chercher. Ils détectent spontanément nos sentiments en lisant sur notre visage comme dans un livre ouvert: il faut donc avoir le visage qui correspond à nos paroles. Sinon, ils savent, sans même en être pleinement conscient, que nous ne sommes pas honnêtes.

  • Certains enfants ont besoin de limites, d'autres ont besoin d'être plus libres. Ils le font savoir si on sait les observer. C'est lorsque les parents "ne sont pas là", absorbés dans leurs tracas d'adultes, que les enfants perdent contact et manquent de repères.

  • Les parents transmettent leurs peurs sans même le vouloir. Plus ils accordent de l'importance à quelque chose, plus l'enfant l'assimile à son cadre de références, de peurs, de croyances, etc.

  • Il est bon de jouer avec les enfants en les laissant libres d'inventer le jeu. Cela aide l'enfant à prendre confiance et à former son identité. Le parent qui laisse simplement aller l'enfant lui communique du même coup qu'il l'aime pour lui-même et qu'il a confiance en lui.

  • On peut parler du pays d'origine de l'enfant en amorçant très simplement la conversation. Si l'enfant veut en parler, on doit l'écouter, répondre à ses questions. En fait, il faut attendre que cela vienne de lui et ne pas insister s'il n'accroche pas. Évidemment, il ne faut pas lui cacher son origine.

  • Eh, toi! T'es même pas ma mère! Comme on a peur d'entendre cette phrase (ou son équivalent masculin). Mais pourquoi un enfant dirait-il cela? Très souvent, cet enfant refuse d'adopter ses nouveaux parents. Plus on est gentil, plus il cherche à nous fâcher. Au fond, peut-être pense-t-il que sa mère de naissance doit l'envier de le voir heureux, dans un pays riche. Alors, il ne se donne pas droit à ce bonheur. Au contraire, s'il pense que sa mère de naissance souhaite son bonheur sans en être jalouse, l'enfant sera bien dans son identité d'enfant adopté.

  • Possiblement un tiers des parents enseignent l'envie à leur enfant en voulant que tout soit toujours égal entre les enfants d'une même famille. Il faut accepter et valoriser la différence. Il n'est pas nécessaire d'être envieux si chacun n'a pas la même chose dans son assiette ou si ce n'est pas encore notre tour d'utiliser un jouet favori.

  • L'important, c'est la façon dont on fait les choses et pas tellement ce qu'on fait. C'est l'attitude qui compte plus que le contenu. Aimer, c'est laisser libre, c'est permettre la différence et l'inégalité.

  • L'identité, c'est cet ensemble de traits physiques, de goûts, de caractères, qui fait qu'on est soi. Et qui fait surtout qu'on est unique et donc différent.

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Les problèmes d'identités et l'adoption internationale 2

    C'est en adoption internationale que se pose le plus fortement la question de l'identité. Et c'est surtout à l'adolescence que vont ressortir les problèmes d'identité. En effet, c'est à l'âge de l'adolescence que s'intensifie la recherche de l'identité. Pour Erikson, l'adolescence, c'est une période de recherche, d'introspection et d'exploration à partir de laquelle l'identité surgit.

Que signifie donc «être un adolescent adopté et d'origine ethnique différente»? Tout adolescent doit pouvoir faire un bilan personnel afin de définir son identité. Surgissent alors trois questions:

  • Qui suis-je ?
  • D'où est-ce que je proviens ?
  • Où vais-je ?

Le jeune se réfère habituellement à son système familial pour trouver des réponses à ces questions. Être adopté, c'est faire face à deux systèmes familiaux:

  • la famille d'origine, avec tout son héritage génétique et culturel;
  • la famille adoptive, avec un autre bagage de valeurs et de culture.

C'est ce qu'on appelle le phénomène de la double identité. Pour faire son bilan, le jeune adopté a besoin de points de repère dans son environnement. Alors, l'attitude des parents adoptifs et l'accès à l'information concernant ses antécédents et sa famille d'origine deviennent des éléments qui aideront plus ou moins le jeune à se définir. On a noté un besoin important chez plusieurs jeunes de se réapproprier une histoire personnelle, sans «trou» dans le passé, et dans un processus de continuité.

Être adolescent adopté de nationalité étrangère, c'est pouvoir compter sur une richesse considérable: celle d'avoir 2 pays, 2 cultures, 4 parents. C'est aussi avoir vécu depuis de nombreuses années avec la visibilité de sa situation d'adopté, et avoir pris conscience de sa différence.

Ainsi, pour un enfant adopté à l'étranger, la recherche de son identité, c'est un processus l'amenant à accepter sa différence. Comment les parents peuvent-ils l'aider? D'abord, le premier élément d'identification, c'est le corps. Les parents doivent donc valoriser l'image corporelle. Ensuite, les parents doivent aider leur enfant à apprécier autant ses racines biologiques que ses nouvelles racines adoptives.

En plus de se référer à ses deux systèmes familiaux, le jeune est confronté au système plus large de l'ethnie, de la race. Dans sa démarche d'identification, physiquement, il doit s'identifier à l'ethnie de ses parents de naissance, et socialement il s'inscrit dans la culture de ses parents adoptifs. Qui est-il donc ?

Le jeune intègre nos valeurs culturelles mais projette une image physique différente. Surgit alors le problème de la double identité. Ne pouvant s'identifier entièrement ni à une race ni à l'autre, il doit définir sa propre identité. Le modèle est inexistant, il doit le créer. Ce qu'on conseille aux parents, c'est que l'enfant prenne contact avec des personnes de même origine ethnique. On conseille aussi que les familles multiraciales puissent se fréquenter.

Les parents ont un rôle primordial dans le développement de l'identité. D'abord l'aimer, valoriser sa différence, en être fier, lui donner un sentiment de capacité, un sentiment de compétence, une identité de réussite. Lui donner un sentiment d'appartenance: la famille, l'école, le quartier, ce sont là des points d'ancrage.

Il faut aussi aider l'enfant à assumer son histoire, car le milieu y fait souvent référence. Développer chez l'enfant une force intérieure pour qu'il apprenne à vivre des situations difficiles: être disponible à l'enfant pour qu'il parle de ses difficultés. Voilà autant d'attitudes qui seront sûrement positives pour le jeune.

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Sources:

  1. Propos d'un éminent pédopsychiatre montréalais lors d'une rencontre de parents adoptifs.
  2. Texte adapté d'une conférence prononcée par Mme Liette Robert a. r. h. du Centre jeunesse de la Montérégie, Québec, à une autre rencontre de parents adoptifs en 1991.
    Rédaction: Gilles Breton


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