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Le défi de la postadoption
l'adolescence 1


    Tous les parents s'inquiètent plus ou moins lorsque leur enfant approche l'âge de l'adolescence. Que se passera-t-il? Sera-t-il facilement influençable? Commencera-t-il (elle) à se teindre les cheveux en mauve alors qu'il était si conventionnel jusque là? Les parents adoptifs 2 aussi peuvent devenir inquiets et ils peuvent avoir une série de questions additionnelles. Est-ce que l'enfant deviendra confus au sujet de son identité? Est-ce qu'un sentiment d'abandon ou de rejet émergera? Bref, est-ce que le fait d'être adopté rendra l'adolescence plus difficile pour l'enfant?

Ces questions n'ont pas de réponses simples. Les quelques études sur le sujet et les experts du domaine ne s'accordent que sur deux points:

  • le fait d'être adopté constitue indéniablement un élément important de l'histoire du jeune et ne doit pas être ignoré;
  • les adolescents adoptés peuvent réussir à faire face et à résoudre leurs problèmes de développement particuliers.

Au cours de leur développement, les enfants alternent entre l'attachement aux personnes qui prennent soin d'eux et l'apprentissage de l'indépendance. Ils doivent solidifier leur sentiment d'appartenance à une famille tout en maîtrisant les connaissances et les habiletés requises pour devenir autonomes. Vers l'âge de l'adolescence, leurs efforts pour façonner leur propre identité peuvent les rendre perplexes, leur donner l'impression d'être dépassés et parfois les porter à avoir des comportements problématiques.

Les comportements typiques de l'adolescent

À l'adolescence, les changements physiques sont évidents et assez rapides alors que le développement émotif et mental peut prendre des années. Les adolescents doivent former leur identité, soit définir leurs valeurs, leurs croyances, leur identification sexuelle, leur choix de carrière, leurs attentes envers eux-mêmes et la vie. Ce n'est pas une mince tâche.

Durant ce processus, les jeunes essayent différentes personnalités; ils cherchent, imitent puis rejettent divers modèles. Ils examinent de façon très critique leur famille. Ils changent souvent d'opinions; ils peuvent être tour à tour très sûr d'eux-mêmes ou encore penser qu'ils ne sont bons à rien. Alors qu'ils tentent de se distinguer de leur famille, en même temps, ils veulent ressembler à leurs amis.

Néanmoins, ils sont encore très dépendants de leurs parents, particulièrement au plan émotif. Ils oscillent entre s'échapper et rester proches de leur famille. Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que des désaccords avec les parents surviennent. Les adolescents veulent de l'indépendance mais ils ne savent pas encore clairement quel degré de liberté ils peuvent vraiment gérer. Les parents veulent que leurs enfants deviennent autonomes mais ils sont réticents à perdre le contrôle. Les enfants sont confus à propos de leur avenir, les parents sont inquiets de ce que leurs enfants vont devenir.

L'adoption et l'adolescence

L'adoption augmente la complexité de ce processus sur les plans suivants: la formation de l'identité, la peur du rejet ou de l'abandon, l'équilibre entre des besoins d'encadrement et d'autonomie, le sentiment d'appartenance à la famille et au milieu de vie et la curiosité au sujet de ses origines.

La formation de l'identité des adolescents adoptés peut être plus complexe parce qu'ils ont en quelque sorte deux familles: il leur apparaît plus difficile de départager jusqu'à quel point ils sont semblables ou différents de leurs deux paires de parents, surtout que le plus souvent ils ne savent rien de leurs parents de naissance. Ils se posent toutes sortes de questions: d'où me vient tel ou tel trait de caractère, talent ou intérêt ? Est-ce que j'ai des frères et soeurs? Est-ce que tous les membres de ma famille d'origine sont petits ou grands?

Souvent, les parents adoptifs n'ont pas de réponses à ces questions bien légitimes. Les adolescents adoptés peuvent se replier sur eux-mêmes ou chercher à fuir loin de la maison pour trouver leur véritable identité. Ils peuvent être très critiques de la façon dont leurs parents adoptifs les ont préparé à leur statut d'enfant adopté.

Par ailleurs, il est bien possible que certains adolescents craignent de quitter la maison parce qu'ils ont déjà souffert de la perte de leurs parents de naissance. Par exemple, s'ils doivent aller poursuivre des études loin de leur foyer, certains adolescents adoptés peuvent craindre que leurs parents adoptifs vont les oublier, qu'il n'y aura plus de «maison» où retourner. Ils auront peur d'être abandonnés.

La tension entre les parents qui ne veulent pas perdre le contrôle et les adolescents qui exigent plus d'autonomie est une caractéristique essentielle de l'adolescence. Les enfants adoptés peuvent la ressentir plus profondément parce qu'ils ont le sentiment que quelqu'un d'autre a toujours décidé à leur place. Leur mère de naissance a décidé de les confier en adoption; leurs parents adoptifs ont décidé de les accepter. Ces derniers peuvent craindre, à tord ou à raison, que leur enfant est prédisposé à avoir des problèmes de comportements parce qu'il a eu un départ plus difficile dans la vie (surtout pour un enfant adopté alors qu'il n'était plus bébé).

En raison de ces craintes, les parents adoptifs peuvent resserrer leur contrôle au moment même où l'adolescent veut plus de liberté. L'enfant peut en déduire que ses parents manquent de confiance en lui. Il faut alors que les parents et les adolescents arrivent à conclure une entente sur ce qui constitue un comportement digne de confiance, dans tous les domaines (école, choix des amis, choix d'activités). Ils peuvent convenir des privilèges et des conséquences associés au fait de démontrer ou de ne pas démontrer tel ou tel comportement. Si les deux parties ont leur mot à dire, il y aura moins de luttes de pouvoir.

Les adolescents adoptés ont moins de points de repère pour comprendre qui ils sont, d'où ils tiennent leur identité. En fait, on leur fait souvent remarquer qu'ils sont différents: ils ne ressemblent pas à leurs parents, ni à leur frères et soeurs. Pas surprenant alors que l'adolescent puisse ressentir un sentiment de non appartenance.

Les enfants de familles transraciales peuvent ressentir encore davantage ce sentiment d'aliénation. Ils deviennent très conscients de leurs différences physiques et ils luttent pour concilier leur origine culturelle à leur perception d'eux-mêmes. Les parents adoptifs peuvent augmenter le sentiment d'appartenance à la famille en fréquentant des adultes et des enfants de la même origine culturelle que leur adolescent. Ils devraient aussi valoriser au jour le jour sa culture d'origine. Ils devraient parler de questions raciales tout en ne tolérant pas le racisme.

En mûrissant, les jeunes adoptés s'interrogent sur ce qu'aurait été leur vie s'ils n'avaient pas été adoptés ou s'ils l'avaient été par une autre famille; ils deviennent très curieux de connaître leurs «vraies» origines. En plus de toutes les possibilités qu'offre la vie, ils prennent conscience de celles qui n'auront jamais pu se réaliser. Ils peuvent dire: «peu importe tout ce que je peux lire ou dire à mes parents, je ne peux pas vraiment expliquer le sentiment de vide que je ressens».

Tous ces défis inhérents à la condition d'adolescent peuvent être accrus dans le cas des enfants adoptés à un âge relativement avancé. Ils peuvent avoir été victimes d'abus, de négligence ou avoir changé de foyer plusieurs fois. Leur sentiment de rejet ou de perte ou encore leur manque d'estime de soi peut être plus sérieux. Ils peuvent se méfier encore plus des adultes et être aux prises avec des difficultés émotionnelles plus sévères. Entre autres choses, les parents doivent leur donner l'occasion de raconter leurs souvenirs, d'exprimer leurs émotions.

Au fond, il serait étrange que des adolescents adoptés, surtout s'ils viennent «du bout du monde», ne soient pas du tout affectés par leur condition particulière. Cependant, cela ne constitue pas nécessairement un problème. Les parents adoptifs ne doivent pas se sentir coupables d'avoir aggravés la «crise d'adolescence» de leur enfant. Les thèmes abordés précédemment font partie du développement normal d'un adolescent adopté.

La situation peut être plus compliquée si la famille insiste pour dire que la réalité d'enfant adopté est la même que celle de l'enfant biologique. L'adolescent adopté sait que c'est différent. Il se sentira plus accepté si les parents comprennent sa curiosité sur ses origines, sa confusion à propos de son identité.

Quand faut-il vraiment s'inquiéter et que faire ?

Les comportements suivants indiquent qu'un adolescent ressent un malaise à propos de sa réalité d'enfant adopté:

  • il fait des commentaires à l'effet qu'il n'est pas traité également par rapport aux autres enfants biologiques ou qu'il est traité injustement parce qu'il est adopté;
  • il présente de nouveaux problèmes à l'école, comme des troubles d'attention;
  • il est soudainement préoccupé par l'inconnu;
  • il développe des problèmes nouveaux avec ses compagnons;
  • il se referme au plan émotif et refuse de partager ses sentiments.

Si le climat familial est fondé sur une communication ouverte, il est possible de composer avec ces enjeux sans aide extérieure. Vous pouvez apprendre par la lecture ou en assistant à des ateliers. Vous pouvez devenir membre d'un groupe de soutien ou d'une association de parent adoptifs.

Par contre, il y a de bonnes chances que les parents adoptifs qui n'auraient jamais été à l'aise pour discuter de ces questions avec leur enfant dans le passé trouvent difficile d'établir un dialogue au début de l'adolescence. Malgré cela, c'est aux parents de faire les efforts nécessaire pour amorcer la discussion.

Comme pour tout adolescent, les parents devraient demander une aide professionnelle s'ils observent les comportements suivants chez leur adolescent:

  • un abus de drogue ou d'alcool;
  • une baisse dramatique des résultats scolaires ou une augmentation drastique de l'absentéisme;
  • un retrait de la famille ou du cercle d'amis;
  • une prise de risques exagérés;
  • des tendances suicidaires.

Le fait que les parents adoptifs reconnaissent ouvertement la validité des questions soulevées par l'adoption améliore les chances que la consultation soit efficace. Les parents qui ne se sentent pas menacés et qui acceptent que l'adolescent possède deux «jeux» de parents ont plus de chance d'instaurer un climat positif pour leur adolescent. Le maintien du secret consomme inutilement une grande quantité d'énergie.

Conclusion

L'adolescence peut être une période confuse pour certains jeunes. Ceux qui ont été adopté ont des besoins particuliers en terme de formation de leur identité et d'équilibre entre leur besoin d'encadrement et de liberté. Ils doivent composer avec des sentiments de rejet et d'abandon et ils ont besoin de se réapproprier leurs racines.

Des parents ouverts et compréhensifs, qui ne se sentent pas remis en question par la démarche de leur adolescent, peuvent aider beaucoup celui-ci à trouver son chemin. Avec cette aide, les adolescents adoptés peuvent franchir cette étape cruciale de leur vie aussi bien que les adolescents qui n'ont pas été adoptés. Ils peuvent même forger des liens familiaux encore plus forts qui continueront de nourrir leurs relations futures.

  1. Ce texte a été rédigé en adaptant l'excellent document suivant: «Parenting the Adopted Adolescent» du National Adoption Information Clearinghouse, un organisme du Congrès américain. Il est disponible, comme plusieurs autres textes en visitant le site du NAIC
  2. Ce texte est écrit au pluriel pour simplifier la présentation, mais nous sommes bien sûr conscients qu'il y a beaucoup de familles adoptives ayant un seul parent.
  3. À lire aussi:

    Élisabeth Couture, « Les adolescents et adolescentes de l'adoption internationale », (novembre 2001) Pensons famille, vol. 13, no. 66.
    Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec

    Pascale Pontoreau, Réflexion sur l'avenir des adoptés, portail Petit-monde, 15 janvier 2003.
Rédaction: Gilles Breton


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©  Copyright 1997- Gilles Breton Tous droits réservés.

Date de publication: février 1998
URL = http://www.quebecadoption.net/adoption/preadopt/adoles.html