Changer le prénom de l'enfant adopté

 

Printemps 2002

Le livre «Inside Transracial Adoption» (de Gail Steinberg et Beth Hall ISBN 0-944934-24-2) parle de donner ou de changer le prénom aux pages 192-194 et 210-212. Les auteurs disent que, parce que les bébés, aussi jeunes que 4 mois, reconnaissent leur nom (recherche de l’Université de New-York à Buffalo), l’enfant est mieux respecté si les parents adoptifs conservent le premier nom de l’enfant et qu’ils continuent à utiliser ce prénom.

«Demander à un enfant dont l’univers change de changer aussi son prénom peut être vu comme une demande d’être quelqu’un d’autre que lui-même.»

Les auteurs disent que la majorité des parents adoptants changent le prénom de leur enfant pour des raisons personnelles (le prénom est difficile à prononcer, ils ne l’aiment pas, ce prénom brise les traditions familiales, il n’est pas en harmonie avec les normes culturelles, ou simplement «parce que»…). Les auteurs demandent aux parents de réfléchir à la question du nom, du point de vue de l’enfant.

MA RÉFLEXION

Toutes mes opinions sur l’adoption et ses enjeux me sont venues avec le temps et l’expérience. Il y a près de onze ans, alors que j’attendais mon premier enfant, tout ce à quoi je pensais était : «Quel prénom allons-nous lui donner à elle ou à lui ?». À ce moment-là, nous n’avions pas Internet, ni de groupe d’entraide, ni beaucoup de livres sur l’adoption, NI de travailleur social informé. Nous avions donc choisi deux prénoms pour notre fille, le deuxième pour inscrire dans le registre seulement. Ensuite … j’ai appris son prénom de naissance. Nous avons donc décidé de donner à notre fille le prénom que nous avions choisi, mais de mettre en deuxième, son prénom de naissance. Je suis bien contente que nous l’ayons fait! Car croyez-moi …nous aurions passé un mauvais quart d’heure avec notre fille si perspicace pour ses 11 ans. À cinq ans, Kahleah m’avait déjà dit à quel point elle était contente d’avoir les prénoms donnés par ses deux mères. Nos bébés grandissent et ils ont souvent des opinions intéressantes. Dans les témoignages d’adultes adoptés, il y a souvent un deuil face à la perte de leur prénom de naissance et par conséquent d’une partie de leur identité. C’est exactement ça ! Je pense qu’il s’agit d’une question «d’identité»!

En rétrospective … ou si nous adoptions à nouveau : Est-ce que «JE» changerais le prénom de mon enfant ? Je ne pense pas. Est-ce que Kahleah ou Tristan sont devenus «plus les miens» parce que j’ai choisi leur prénom ? Non. Peut-être ce fut le cas au début dans mon profond désir de les «reconnaître».

Donner ou changer le prénom de nos enfants est vraiment personnel. Ce que j’aimerais partager avec vous c’est que même si mes idées et mes sentiments étaient tels à l’époque, maintenant ils ont évolués. Ce que je considérais comme mes «droits» comme parent de donner le prénom de mon choix à mon enfant (OUI, je pensais vraiment que c’était mon droit!), je le vois autrement après mûre réflexion. Maintenant... j’apprends, j’écoute et je me dis : Qu’est-ce qui est le mieux pour mon enfant ? (Et… ça peut tout simplement être de changer son prénom!).

Quand nos enfants grandissent, la recherche de l’identité est vraiment importante. Ce n’est pas facile pour des parents de donner à leurs enfants leur identité … TOUTE leur identité, non seulement l’identité acquise par adoption. Leur prénom est peut-être le point de départ ? J’ai entendu plusieurs fois des amis, parents adoptants, dire que leurs enfants traversaient une période où ils voulaient qu’on les appelle par leur prénom de naissance (s’il avait été changé). C’est normal ! Kahleah fait la même chose par moments. Ce qui semble important, c’est que si nous changeons le prénom de l’enfant, nous devrions essayer d’y inclure leur prénom de naissance (ou une partie) pour que les enfants puissent avoir la possibilité de choisir si le besoin s’en fait sentir. J’essaie de m’imaginer ce qui se serait passé si j’étais née dans un pays étranger, d’une autre famille, d’une autre langue, culture … et puis BOOM … tout change. Même si mes enfants ont été adoptés bébés, Kahleah peut maintenant exprimer ce qu’elle ressent et en discuter.

Nos enfants grandissent et leur personnalité se développe. C’est bizarre comme quelque chose d’aussi «simple» que le prénom puisse devenir si importante.

J’ai une amie qui a adopté en Chine. Elle a donné à son enfant un nom très Français. Quelques années plus tard, après avoir correspondu avec un adulte Asiatique adopté, elle a fait changer légalement le prénom de sa fille. Elle a fait ajouter son magnifique prénom de Chine comme deuxième prénom. Mon amie m’a dit qu’elle avait réalisé que la seule chose que sa fille avait apportée de Chine était son prénom. Elle savait que la date et le lieu de naissance étaient faux. Elle n’avait aucune histoire de la famille d'origine donc le prénom avait une plus grande importance… même s’il avait été donné par une employée de l’orphelinat.

Par curiosité, j’ai demandé à Kahleah ce qu’elle pensait sur ce sujet. Elle m’a toujours dit qu’elle était heureuse d’avoir, et son prénom de naissance et celui que nous lui avons donné. Hier soir, je lui ai demandé comment elle se serait sentie si nous ne lui avions pas conservé son prénom de naissance. Elle a dit : «Mon prénom est une partie de moi. Me l’enlever c’est comme m’enlever une partie de MOI. C’est comme si …je ne serais pas totalement ‘moi’».

Je lui ai demandé comment elle se sentirait si elle apprenait que sa mère de naissance ne lui avait pas donné de prénom. Je l’ai alors informé que certains enfants recevaient leur prénom par un avocat, la famille d’accueil ou le directeur de l’orphelinat. Kahleah m’a répondu : «Ça ne me dérangerait pas …ce serait quand même mon premier prénom … une partie de ce que je suis.»

J’ai la permission de Kahleah de vous transmettre son opinion. Elle a pris son temps pour me répondre sachant que j’allais partager ses idées avec d’autres parents adoptants. Pour vous dire la vérité …j’ai été un peu surprise par sa réaction à la deuxième question. Je pensais qu’elle hésiterait au fait qu’une personne non intime comme la mère de naissance puisse lui avoir donné un prénom.

Qu’est-ce qu’un nom ? ……. une identité ………. qui suis-je ?

«Leceta» … prénom donné par ma mère, unique, difficile à épeler, difficile à prononcer, pas tout à fait un prénom ‘Canadien’ … mais je ne le changerais pour rien au monde. Il représente ce que JE suis …

Leceta Chislom Guibault. Mère de Kahleah 11 ans et de Tristan 7 ans (du Guatemala et de Colombie). Membre du conseil d’administration de la FPAQ et de l’Adoption Council du Canada.
Source: La Cigogne, Journal de la Fédération des parents adoptants du Québec, titre original: Donner ou changer le prénom de notre enfant, Printemps 2002.

FPAQ

 

Pages de la Fédération des parents adoptants du Québec
dans le site «Québecadoption.net»

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Publication: 30 mars 2003 
URL = http://www.quebecadoption.net/FPAQ/2002prin_prenom.html