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Père adoptif célibataire... Est-ce
possible?
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| Été 1999 |
Nous publions ici une série
d'articles sous forme de lettre ouverte (traduction libre) de M. Sean
Birchall, membre de la FPAQ, exposant ses difficultés à
réaliser son projet d`adoption en tant que célibataire.
Chers nouveaux amis...
J'ai besoin de votre aide. Je suis engagé présentement
dans une sorte de bataille au Québec, afin de devenir père
adoptif célibataire.
J`aimerais d'abord me présenter. J'ai 36 ans
, je suis diplômé universitaire, célibataire, partenaire
et professionnel dans une entreprise de recyclage de déchets dangereux
à Montréal. En septembre 1997, j'ai formé un projet
d`adoption, espérant adopter deux garçons originaires de
la Russie (âgés entre 2 et 4 ans).
Après avoir pris connaissances des différentes
exigences des pays d'adoption auprès du SAI, j'ai arrêté
mon choix sur la Russie. J'ai donc contacté les quatre agences
agréées pour la Russie, qui l'une après l'autre ont
refusé ma demande avec le commentaire qu'un Homme célibataire
n'a aucune chance d`adopter en Russie car c'est culturellement inacceptable
pour les Russes. J'étais déconcerté.
Je m`informe auprès du SAI, celui-ci me répond
que le Québec ne fait pas obstacle à l`adoption par un homme
célibataire mais que les fonctionnaires Russes s'y opposent. Le
SAI me suggère alors d`adopter au Mexique (il y aurais déjà
eu une adoption par un père célibataire il y a quelques
années).
Sans me décourager j'ai continué mes
recherches. En fouillant sur l`internet j'ai trouvé une agence
américaine au Michigan qui a réalisé l`adoption de
deux enfants en Russie par un père célibataire de
New-York et qui est à finaliser une autre adoption
pour un homme de la Virginie. J'étais excité (j`aimerais
dire ici, que l`agence américaine en question m'a supporté
tout au long de mes démarches au cours de la dernière année).
Depuis le début de mes procédures, je suis aucourant de
six adoptions par des hommes célibataires en Russie. Un livre a
d'ailleurs été écrit par Robert Klose père
célibataire adoptant en Russie "Adopting Aloysha".
J'étais ravi !! Je croyais avoir la réponse
à mes attentes, je n'avais qu'à entamer des procédures
d`adoption privée en utilisant mon agence américaine comme
contact et/ ou référence en Russie. Je suis donc retourner
au SAI avec mes bonnes nouvelles. Je croyais que le SAI serait heureux
et que cette expérience pourrait ouvrir de nouvelles opportunités
pour les parents célibataires. Je pensais que le SAI saurait profiter
de cette nouvelle avenue afin d'accroître les différentes
options et développer de nouveaux programmes permettant à
des enfants de trouver une famille.
Naïf que j'étais...!! J'ai rencontré
la personne responsable de l`adoption pour les pays de l`Est ce fut désolant.
Tout d'abord, elle a tenté par tous les moyens de me convaincre
de ne pas m`engager avec une agence américaine. Elle était
inflexible, je devais m`adresser à une agence accréditée
par le SAI, ce qui me posait le plus sérieux des problèmes
puisque aucune des agences québécoises ne croyaient être
en mesure de réussir une adoption en Russie pour un homme célibatairel.
Elle me dit que plusieurs agences américaines sont accusées
de pratiques douteuses, que parfois les enfants proposés ont de
sérieux problèmes de santé, que je pouvais y perdre
mon argent etc. De façon réaliste, elle ne semblait pas
informée ou encore elle refusait l'information que je lui apportait
de manière volontaire ou non ?.
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| «La réalité
est parfois tragique et la réalité c`est que pour les
hommes et les femmes célibataires, l`adoption entraîne
peut-être plus d`embûches que pour les autres personnes.»
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Après tout ce que j`ai vécu cette année,
j`en suis venu à la conclusion , qu`à mon avis les État-Unis
sont de loin en avance sur le Canada en ce qui concerne les adoptions
par des parents célibataires, le nombre de programmes et de pays
ouverts à l`adoption par des célibataires et le nombre d`organisme
qui supportent les parents célibataires.
À titre d`exemple, il y a une trentaine de
groupes de support pour les parents célibataires aux État-Unis
alors qu`il n`y en a qu`un en Ontario et pas un seul au Québec.
Il est évident pour moi que le SAI n`a rien fait pour supporter,
encourager et développer des programmes conçus pour les
adoptants célibataires. L`attitude du SAI , en est une d`ignorance,
d`intolérance et à la limite de discrimination il me semble.
Ma réunion avec le SAI s`est terminée
de façon très polie. Franchement je crois que mon projet
d`adoption n`est pas très populaire, d`un côté le
SAI tente d`éliminer les adoptions privées prétextant
qu`il n`ont aucun contrôle sur ce type d`adoption et de l`autre
le fait que je puisse réaliser ce qui semble impossible pour eux,
les laissent plutôt amers. A la fin de ma rencontre on m`a invité
à faire mon évaluation psychosocial en laissant entendre
que nous pourrions continuer la conversation après l'obtention
d'une évaluation positive.
J`ai donc entrepris mes démarches pour mon
évaluation en janvier 98. A ma connaissance quatre évaluateurs
(travailleur social/ Psychologue) ont décliné ma requète
en raison de leur incofort à évaluer un homme célibataire.
Ma première conversation avec la protection de la jeunesse, après
m`être présenté comme célibataire, a été
reçu avec un "vous réalisez, monsieur , que nous questionnerons
votre sexualité". Bien que je ne sois pas affecté par cette
question, le commentaire me semble indiquer un préjuger défavorable
de la part de la protection de la jeunesse à l`égard des
hommes célibataires.
J`ai donc été évalué,
en janvier 1998, par un psycholoque féminin (35 ans environ) à
trois reprises pour un total de cinq heures d`entrevues. Six semaines
plus tard la protection de la jeunesse a enfin réuni les intervenants
afin d`analyser mon cas. On me donne pour raison à ces délais
l'ampleur du dossier et le nombres importants d` intervenants qui devaient
être impliqué compte tenu que mon cas créerait un
précédent.
Deux autres semaines passent, le 5 mai 1998, on me
présente enfin mon étude psycho-sociale. Le document n`est
pas signé, la raison étant que le rapport à être
donné au SAI doit être plus détaillé. On me
demande de commenter le rapport et me questionne sur les résultats.
Je n`ai fait aucun commentaire. J`avais l`impression qu`on me lançait
le dossier pour voir ma réaction.
Le rapport me dépeint comme une personne disfonctionnelle.
La protection de la Jeunesse conclu que j`ai été abusé
par mon père (ce qui n`est pas vrai, mes parents on simplement
divorcés). Il maintienne que je suis incapable de développer
et maintenir une relation émotionelle, intime et affective avec
qui que se soit; que je ne suis pas conscient des responsabilités
parentales et des risques associés à l`adoption internationale,
Je crois qu`après deux années de préparation je suis
conscient de ce que peut représenté l`adoption comme changement
dans ma vie et des responsabilités que cela représente.
Finalement on insinu que je suis homosexuel.
Ma première réaction en est une de rage
et d`émotion puis, avec un peu de recul, on reprend du collier
et on passe à la prochaine étape. Je ne peut imaginer ma
vie sans enfants.
Je suis ce que je suis, un homme célibataire
pour l'instant, j'ai une vie merveilleuse et je veux la partager avec
mes enfants un jour.
Un peu abasourdi par les événements
ma seule alternative était d`en appeler de la décision de
la Protection de la Jeunesse. J`ai donc engagé un avocat et fait
une batterie de tests psychologiques indépendants et fait une étude
psycho-sociale par un travailleur social. Les résultats de ces
tests et évaluations démontrent tous mes habilités
parentales et personnelles et les conclusions sont à l`opposées
du rapport de la Protection de la Jeunesse. Les professionnels appuient
entièrement mon projet.
En novembre 1998, nous avons déposé
notre premier appel à la DPJ de La Montérégie incluant
les deux rapports ci-haut mentionnés. En janvier 1999, la DPJ nous
envoie une lettre très polie expliquant qu'elle maintenait son
positionnement et nous indiquant que nous pouvions diriger une plainte
à la prochaine instance prévue c'est-à-dire à
la Régie Régionale advenant le cas où nous serions
insatisfaits de leur décision.
En juillet 1999, nous avons déposé formellement
notre appel à la Régie Régionale. Nous avons joint
un document dans lequel les deux professionnels émettaient des
commentaires cliniques à l'égard des conclusions tirées
de l'évaluation effectuée par la DPJ. Selon ces derniers,
leurs conclusions sont sans fondements scientifiques. Des nouvelles de
la Régie Régionale sont attendues à la mi-septembre!
Selon moi, le rapport de la DPJ est biaisé
et reflète une réalité politique (pas de vague) plutôt
qu`une réalité personnelle. C`est une décision bureaucratique
et non pas basée sur mes capacités parentales ou personnelles.
La réalité est parfois tragique et la réalité
c`est que pour les hommes et les femmes célibataires, l`adoption
entraîne peut-être plus d`embûches que pour les autres
personnes. La réalité c`est aussi que les décideurs
(SAI, DPJ, etc...) sont campés dans des positions plutôt
arrêtées et que même si aux État-Unis les célibataires
réalisent des adoptions ici au Québec nous sommes marginalisés.
Quelque part en Russie, il y a deux petits garçons
qui attendent leur papa. Je ne serais pas un bon parent si je n'étais
pas prêt à me battre pour mes enfants. Je fonce, j'ai choisi
d'y croire !
Sean Birchall
La Cigogne, Été 1999
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