Extrait de « Fleurs du monde »
(Journal de Familles au coeur québécois)

Un petit bout de papier très important: le visa d'immigrant

Qu’en est-il de ce bout de papier si crucial et si important ?  C’est ce que nous avons tenté de comprendre en rencontrant monsieur Renald Grégoire, un ancien agent aux visas récemment rentré au pays pour cumuler de nouvelles fonctions, qui a notamment émis plusieurs de ces visas, et qui sait peut-être celui de l’un de nos enfants, alors qu’il était en poste entre 1990 et 2001 soit à Haïti, aux Philippines, à Hong-Kong, en Yougoslavie ou en Argentine.

Bon an, mal an depuis les dernières années, environ 2 000 enfants par année sont adoptés à l’international et arrivent au Canada ce qui représente grosso modo 1 % des immigrants qui entrent en ce moment au pays (2 000 sur 200 000).  Les statistiques pour l’an 2000 pour l’ensemble du pays nous indiquent que des 1 866 enfants adoptés entrés, 604 provenaient de la Chine, 148 de la Russie, 125 d’Haïti, 82 des Philippines, 79 de l’Inde et les 828 autres, d’ailleurs dans le monde.

Ça y est, tous les nombreux papiers sont remplis et ont été acheminés.  Il en reste un tout tout dernier à émettre et c’est celui qui permettra à ce cher petit enfant tant attendu d’entrer au pays : le visa d’immigrant.  Dans les cas d’adoption internationale, les dossiers sont traités en haute priorité par le personnel en place au bureau canadien des visas concerné à l’étranger.  Souvent, un agent aux visas par ambassade ou consulat est désigné pour traiter les cas d’adoption internationale et c’est lui qui émettra le visa nécessaire.

En fait la très grande majorité des parents adoptants ignorent totalement le travail qu’accomplit l’agent aux visas en ce qui concerne l’adoption internationale.  La plupart du temps, l’adoption de nos enfants se fait sans trop de complications mais il arrive parfois que les choses se mettent à mal tourner ou à tourner au ralenti !

Suivons maintenant le chemin qui aboutira à l’émission d’un visa d’immigrant d’un enfant adopté.

Dès que le bureau des visas à l’étranger est avisé par le Centre de traitement des demandes d’immigration, soit à l’époque par télécopieur ou maintenant habituellement par courriel, qu’une demande de visa dans un cas d’adoption internationale a été faite, l’agent aux visas ouvre immédiatement un dossier au nom d’origine de l’enfant.  Si l'enfant n'a pas encore été identifié, c’est-à-dire que la famille n’a pas encore reçu de proposition d’enfant et qu’elle a quand même fait une demande de visa, l'agent aux visas ouvrira un dossier au nom de famille de la personne souhaitant adopter l'enfant.  En premier lieu, le dossier devra comprendre la demande de parrainage (ou demande d’engagement d’aide).  L’entente est pour une période de dix ans (ou, au Québec, jusqu’à ce que l’enfant soit majeur, la période la plus longue étant retenue).

Puis s’ajoutent au dossier le formulaire de demande de résidence permanente rempli au nom de l’enfant, l’évaluation psychosociale ou étude de foyer, et pour le Québec, la lettre d’approbation du Secrétariat à l’adoption internationale (SAI) et le certificat de sélection du Québec.

Plus tard, l’acte de naissance original de l’enfant, le jugement d’adoption, l’acte de naissance modifié de l’enfant, les instructions médicales (le fameux certificat médical), des photos de l’enfant et une photocopie de son passeport permettront à l’agent aux visas de pouvoir émettre le visa d’immigrant.

Bien que les cas d’adoption soient des dossiers hautement prioritaires, l’émission du visa n’est évidemment pas faite à l’aveuglette.  Chaque document est scruté à la loupe et lu attentivement, l’un des premiers étant l’évaluation psychosociale.  On considère que l’enquête sur les parents adoptants a été faite ici même au pays et que le dossier d’immigration ne concerne strictement que l’enfant adopté ou en voie de l’être.  En cas de doute concernant les documents étrangers, l’agent aux visas entrera en communication avec les autorités locales du pays d’origine de l’enfant.  Il obtiendra les clarifications dont il a besoin au sujet de la loi et des procédures d’adoption du pays et il s’assurera que l’adoption est conforme aux lois du pays d’origine et respecte la Convention de La Haye pour les pays qui l’ont signée mais, jamais ne pourra-t-il s’immiscer dans les affaires du pays d’origine.  Il est également en contact avec les personnes-ressources des agences d’adoption reconnues ici.  Tout cela évidemment dans le bien de l’enfant.  Une fois émis, le visa est habituellement envoyé à l’adresse de l’agence d’adoption dans le pays d’origine.

Selon monsieur Grégoire, il était fortement recommandé aux parents adoptants d’insister pour que leur enfant passe très tôt le test de dépistage du VIH (virus de l’immunodéficience humaine), test qui ne faisait pas toujours partie de la batterie de tests de l’examen médical exigé par les autorités canadiennes.  Cependant, depuis le 15 janvier 2002 le test de dépistage du VIH a été intégré dans la batterie de tests exigés aux fins d'immigration.  Cet examen médical, effectué par des médecins désignés par le Canada, ressemble d’ailleurs beaucoup à l’examen médical annuel que nous passons ici.

Pour les parents qui attendent, le temps s’écoule très lentement, trop lentement.  Deux des raisons possibles qui peuvent retarder l’émission du visa sont le défaut de produire les résultats de l’examen médical ou le retard à le faire ou encore le retard à recevoir le jugement d’adoption.

Monsieur Grégoire a d’ailleurs dû à quelques reprises être témoin de divers délais dont un occasionné par un événement un peu “particulier”, soit un coup d’État en Haïti.  Un branle-bas de combat s’était d’ailleurs instauré à ce moment afin de permettre à six enfants d’origine haïtienne et adoptés par des parents canadiens de quitter rapidement le pays.  Que de course, que de course.  On a eu très chaud !  Devant lui-même rentrer au pays, il a pris le même avion que ces enfants et les personnes qui les accompagnaient.  Et pour boucler la boucle à Mirabel, il a assisté incognito en tant que spectateur, avec beaucoup d’émotion et une très grande joie, à l’accueil que l’on réservait à ces enfants alors qu’ils foulaient pour la première fois le sol canadien.  Ce sont des moments comme ceux-là qui rendent le travail gratifiant et qui restent gravés dans la mémoire !

Alors qu’il était toujours en poste à Haïti, une de ces familles adoptives a eu la gentillesse de lui faire parvenir une carte de Noël avec photo de son enfant maintenant bien en joues.  Une photo qu’il ressort à chaque Noël et qui occupe une place importante sous le sapin.

À une autre occasion, alors que monsieur Grégoire travaillait à Hong-Kong, un groupe de cinq familles, qui avait vu ses dossiers d’adoption parsemés d’embûches de toutes sortes, était exceptionnellement venu le rencontrer pour chercher les visas au consulat alors que le vol faisait escale à Hong-Kong avant que le groupe ne poursuive par train son voyage vers l’une ou l’autre des provinces chinoises (Hainan, Guangzou et Guangdong) dont s’occupait le consulat et où attendait chacun des chers petits enfants des familles .  Une photo de groupe en fait d’ailleurs foi. 

Même s’il n’y a aucune adoption qui se passe dans un pays en particulier, un membre du personnel en place à l’étranger est souvent attitré aux adoptions afin d’être à la fine pointe des lois du pays.  Cependant au moment de son départ de l’Argentine pour Ottawa à l’été 2001, monsieur Grégoire nous signalait que l’Uruguay, l’Argentine et le Paraguay avaient fermé leurs portes à l’adoption internationale.

 L’on se demande souvent pourquoi il n’est pas possible d’adopter des enfants dans les pays qui ont connu ou qui connaissent la guerre tels que par exemple le Rwanda et l’Afghanistan.  Les organismes humanitaires, tels qu’entre autres Care Canada et Unicef, ne recommandent pas de procéder à l’adoption d’enfants dits orphelins de guerre car il se pourrait que deux ou trois ans plus tard, un membre de la famille biologique se pointera le bout du nez et voudra retrouver son enfant.  La guerre fait toujours beaucoup de dommages et séparent souvent les familles.

De toute cette histoire, il reste à retenir que sans visa d'immigrant, l'enfant pourrait se voir refuser l'entrée au Canada; or ce visa n'est jamais délivré sans l'approbation préalable de la province ou du territoire de résidence.

Il est à espérer qu’une fois de plus il sera question d’un projet de loi en ce qui concerne la citoyenneté canadienne et l’adoption internationale, c’est-à-dire un qui attribuerait à tout enfant mineur né à l’étranger et adopté par un citoyen canadien la citoyenneté canadienne.  En attendant que ce soit chose faite, le visa d’immigrant demeurera “un bout de papier très important”.

Alors “vieux parents”, en fouillant dans les papiers d’adoption de vos enfants, allez voir la signature qui apparaît en bas, à gauche, sur le visa d’immigrant de votre enfant.  C’est celle de l’agent aux visas, celui-là même qui a permis l’entrée au pays de cet enfant tant attendu !  Pour les futurs parents, ceux qui comptent les jours et qui rêvent à leur petit trésor, attendez-la avec impatience et admirez-la lorsque vous aurez le visa d’immigrant en main, il va sans dire après avoir admiré votre enfant!  Vous comprenez maintenant tout le travail qui se cache derrière cette signature.

Source:
Nycole Dumais
Extrait de Fleurs du monde, Hiver 2002

 

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dans le site «Québecadoption.net»
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13 juin 2002