Extrait de « Fleurs du monde »
Journal de Familles au coeur québécois)

Geneviève et Karu, allaitement de coeur
Histoire de l’allaitement d’un bébé adopté

Il était une fois, une femme au cœur rouge, amérindienne dans l’âme, mais blanche de peau. Elle vivait très proche de la nature, en harmonie avec la Terre-Mère, à l’écoute de l’Univers, loin de l’artificiel.

Depuis des lunes et des lunes, elle rêvait de grandir avec un enfant aux couleurs de l’humanité et c’est du Brésil, pays multiculturel par excellence, qu’un beau jour de mai de l’an 1992, un petit garçon, encore blotti au cœur des entrailles de celle qui le portait, lui répondit.

N’écoutant que son cœur de mère, faisant fi des tracasseries administratives, elle partit accueillir à la vie celui qui avait choisi de grandir avec elle. Elle l’appela Karu, qui veut dire «Île», dans la langue des Caraïbes, premiers habitants de Karukéra (Guadeloupe), une île des Antilles qu’elle affectionne tout particulièrement.

Ainsi le 18 août 1992, à 10 h 15, Karu naissait dans la douceur ensoleillée du Nordeste brésilien. Les premières heures, ils se sourirent à travers la vitre glaciale du monde aseptisé de l’hôpital, mais le lendemain matin, elle serrait l’enfant sur son sein, le lui offrit et tout naturellement, il le prit.

C’est forte de ses nombreux périples à travers le monde, de ses rencontres avec d’autres cultures, d’autres croyances, qu’elle avait choisi d’allaiter. Pour elle, offrir à Karu sa sève, le meilleur d’elle-même, c’était créer ce contact sublime, merveilleux, cette symbiose mère-enfant que la vie leur donnait de vibrer et dont, pour rien au monde, ils n’auraient voulu se priver l’un et l’autre.

Deux mois déjà, avant la naissance, elle s’était préparée en prenant des tisanes mélangées, anis et fenouil, favorisant la lactation, paraît-il, elle se massait les seins aussi, mais en fait, c’est surtout en laissant l’enfant téter à sa guise et jusqu’à satiété que la sève se mit à couler. Ce n’était pas l’abondance certes, mais quel bonheur : «Je te donne donc ce que je peux, pas seulement pour étancher ta soif, mais pour te dire que je t’aime très fort et que je suis heureuse que tu m’aies choisie.» Extrait du journal qu’elle tenait, là-bas, fidèlement, pour que, plus tard, Karu se souvienne.

Même si parfois, elle était obligée de compléter avec du lait maternisé, au moins comme lui avait dit Lucia, pédiatre : «Ce que vous lui donnez, là, est un cadeau précieux pour la vie, continuez !» Elle fut bien la seule à l’encourager de la sorte, car le reste de l’entourage trouvait qu’elle se donnait bien du mal pour rien. C’est tellement plus rapide le biberon !

Ainsi ce n’était pas tous les jours facile, loin de chez elle, seule face à l’adversité, stressée par les tracasseries administratives qui n’en finissaient plus, les nuits blanches, la fatigue, l’inquiétude de savoir si bientôt ils allaient pouvoir enfin rentrer à la maison. Mais heureusement Karu était là, paisible sur son sein, comblé, la gratifiant de ses plus beaux sourires. Il lui donnait la force de continuer, d’apprendre à goûter intensivement l’instant et de faire confiance pour le reste. Et pour lui, elle continuait de noter dans son journal, ce si précieux présent : «Karu, aujourd’hui ton petit cordon est tombé, tout un émoi pour moi, car il est le symbole du lien qui t’unissait avec ta maman brésilienne, Valdenira, avec qui j’ai eu la chance de partager les derniers mois de ton voyage au cœur de son cœur. J’ai donc confié ton cordon à la terre qui t’a vu naître, dans la nuit étoilée, j’ai prié…ô Karu, je suis heureuse car tu m’aides à t’offrir toujours plus de ma revivifiante sève, le cœur en paix, depuis deux jours, j’ai retrouvé confiance en moi, en nous, merci !»

Ainsi, ils vécurent les cinq premiers mois de vie de Karu, au Brésil, et à Noël, ils purent enfin rentrer à la maison, là-bas, au Nord, où les attendait, à cœur et à bras ouverts, papa.

Tout au long du voyage, Karu se rassasia encore sur son sein, mais en arrivant au Québec, il décida qu’il était assez fort maintenant et que le temps était venu pour lui de goûter à autre chose. Elle respecta le choix de Karu et lui offrit la meilleure alternative qu’elle connaissait, du lait de soya biologique rehaussé d’une purée d’amandes préparée par ses soins, jour après jour. Karu se délectait.

Il grandit ainsi, au naturel entre les céréales, les fruits et les légumes, puis plus tard d’un peu de viande et de poisson.

Aujourd’hui Karu a dix ans, n’a jamais été vacciné, ne sait pas ce que c’est des médicaments et se porte comme un charme dans sa tête, dans son cœur et dans son corps ! Il a même choisi, depuis Noël dernier, l’école de la vie, de marcher hors des sentiers battus, loin du carcan scolaire, et c’est bien.

Merci la vie !

Geneviève, maman adoptive qui a allaité

Extrait de Fleurs du monde, Automne 2002

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20 janvier 2003