Extrait de «Fleurs du monde»
(Journal de Familles au coeur québécois)

Grand-maman et grand-papa

Petits-enfants aux cheveux crépus, raides ou ondulés, au nez épaté, aux yeux bridés, à la peau blanche, noire ou basanée, existe-t-il une différence ? Petits-enfants par les liens du sang ou ceux du coeur, ils sont leurs petits-enfants, font partie de leur famille et de leur arbre généalogique mais les petits-enfants par adoption occupent-ils une place de choix au même titre que les petits-enfants dits biologiques ? C'est la question que nous nous sommes posée et cet article est le reflet d'une petite enquête, nullement scientifique ni exhaustive et présentant les deux côtés d'une même médaille, que nous avons menée auprès de quelques parents et grands-parents touchés par l'adoption internationale.

Joie d'être parent

Une démarche d'adoption est en général précédée d'une période de deuil, c'est-à-dire, deuil de l'enfant biologique. Ou encore, elle peut tout simplement faire suite à un choix personnel réfléchi. Une fois l'une ou l'autre de ces étapes franchies, à peu près rien ne peut arrêter un parent adoptif d'aspirer au titre et à la fonction de parent. L'espoir, le désir et la joie de devenir parent gouvernent toute sa raison d'être et tout son bonheur. En est-il de même pour la famille proche et agrandie tels les grands-parents, les oncles, les tantes et pourquoi pas les amis ?

Réactions variées

Les réactions ne sont pas les mêmes d'une famille à l'autre. Certains grands-parents ont vécu leur deuil en même temps que leur enfant, d'autres non. Certains grands-parents ont accepté le choix de leur enfant, d'autres non. Certains grands-parents ont été choqués, d'autres non. Certains grands-parents ont été étonnés et ont sauté de joie, d'autres non. Certains grands-parents ont été impliqués dès le début du processus d'adoption, d'autres l'ont suivi de près et d'autres encore s'y sont très peu intéressés. D'autres, au début, ont été réticents et très réservés, mais sont aujourd'hui des grands-parents très heureux et comblés et vivent pleinement leur «grand parentalité».

La décision d'adopter un enfant a été prise après mûre et longue réflexion. Chaque parent est à l'aise avec sa décision. Bon enfin c'est parti ! La famille agrandie n'est pas toujours nécessairement au courant du long cheminement. L'annonce de la venue d'un petit enfant est particulière à chaque parent et chaque parent craint quelque peu cette première étape. Il ne faut pas oublier que le parent est plongé depuis un bon moment dans l'idée et le fait d'adopter et que souvent le grand-parent et la famille sont placés devant le fait accompli.

Il reste qu'importe l'histoire, tous les parents adoptifs ont le même point en commun, soit celui d'être transportés de joie de vivre la «parentalité» à leur tour. Ils ont voulu que la famille et les amis partagent leur bonheur et ils ont tous été surpris, agréablement ou désagréablement, des réactions que cette annonce a suscitées.

Youpi !

«Youpi, youpi, Kari (le chien), on va avoir des petits-enfants» de s'exclamer très fort ce nouveau grand-père hyper heureux, encore tout estomaqué en sautillant en rond avec sa fille qui venait de lui annoncer la bonne nouvelle ! «Nos deux premiers petits-enfants, pis, à part ça, ils viennent de loin ! » Et dire que leur fille s'était, quelques jours d'avance, nerveusement invitée à dîner ce fameux jour-là, la future grand-mère lui demandant si de la soupe aux pois lui convenait. Dans le fin fond, leur fille s'en fichait éperdument du menu. Elle était plutôt soulagée que son secret et son désir aient été si bien accueillis.

Paf !

Dans d'autres familles, la nouvelle a été reçue comme un coup de masse. Certains commentaires irréfléchis, négatifs, discriminatoires ou simplement impulsifs ont été formulés. «Les liens du sang, c'est important ! Avez-vous pensé aux problèmes qu'apporterait cet enfant ? Sa langue et sa culture ne sont pas les nôtres. Il ou elle ne te ressemblera pas. Ne me demande même pas d'être le parrain de cet enfant-là. Ce n'est pas pareil accoucher d'un enfant et en adopter un. Tu n'es pas une vraie mère si tu adoptes. Tu ne connais même pas ses antécédents médicaux et sociaux. Pourquoi adopter avant de nous avoir consultés ? »

De tels commentaires sont le fruit du choc et ils ont étonné plus d'un parent adoptif lorsqu'ils ont été énoncés par des personnes de son entourage. La plupart ne s'opposent pas à l'adoption, elles n'ont que besoin de temps pour absorber l'idée, faire face à leurs propres préjugés et à leur manque de connaissances. Règle générale, elles sont plutôt favorables à l'adoption et les réticences se manifestent surtout au moment de l'annonce.

Place des grands-parents

L'implication des grands-parents et de la famille varie d'une maisonnée à l'autre. Elle va du soutien moral total, au peu d'intérêt manifesté, au soutien financier, à la pose de questions au sujet du processus, à la diffusion de la bonne nouvelle et parfois à la gêne d'en parler avec leur enfant qui adopte mais non à tout l'entourage, à l'accompagnement dans le pays d'origine, à l'arrivée à l'aéroport et à l'aide apportée à l'arrivée à la maison et tout au fil du temps ainsi qu'à la place qu'on taille au petit enfant au sein de la famille.

«Nous aurions donc voulu très fort être près de toi, chère fille, quand tu es arrivée avec ton fils malade d'Haïti pour te soutenir, t'aider à passer à travers le stress de cet atterrissage tumultueux, nullement celui dont tu avais rêvé, de ces premiers jours passés à l'hôpital à t'accrocher à un lendemain meilleur qui tardait à venir... à pouvoir enfin pousser le même « ouf ! » de soulagement que toi une fois la tempête traversée...»

Chez la plupart des grands-parents, les petits-enfants adoptés occupent une place bien au chaud dans leur coeur, qu'ils soient les premiers, les seuls petits-enfants ou qu'ils viennent s'ajouter à ceux qu'ils ont déjà. «L'origine ethnique, la couleur de la peau, les cheveux et les yeux différents, on oublie ça. Je vois les mêmes mimiques chez eux que chez ma fille. Mes petits-enfants lui ressemblent. » «Tu dois être habituée, toi avec les gens des Antilles » s'est fait dire cette grand-mère. Pauvre grand-mère, elle n'a rien compris sur le coup à la remarque, nullement méchante, d'une amie jusqu'à ce qu'elle réalise que cette amie parlait de ses petits-enfants noirs ! Et que dire de cet arrière-grand-père de 85 ans, qui n'avait jamais côtoyé de sa vie des gens d'aucune autre ethnie, la première fois qu'il a pris son arrière-petite-fille dans ses bras : «Mais elle a le même nombre de doigts et d'orteils que nous ! »

Chez d'autres, l'attachement et les liens se sont développés au fur et à mesure et la gêne a disparu. Et pour d'autres, l'amour est là, mais le contact reste superficiel et épisodique. Loin des yeux, loin du coeur.

Y a-t-il une différence ?

L'amour que portent les grands-parents à leurs petits-enfants est-il différent que le petit enfant soit de coeur ou de sang ? La plupart des grands-parents diront que non. «Tu parles d'une question bizarre, comment penser que ce pourrait être différent » de dire ce grand-père de six petits-enfants. «C'est sûr, que nous avons plus d'affinité avec certains de nos petits-enfants qu'avec d'autres, mais nous les chérissons tous également. » Les grands-parents interrogés ont tous affirmé que les relations intergénérationnelles constituent une énorme richesse et que chacun y trouve son compte : sentiment de sécurité, d'utilité, d'affection, d'histoire, d'appartenance et pourquoi pas de cure de jouvence ! Et puis n'y a-t-il pas une lueur magique qui brille au fond des yeux ? «C'est mon grand-père qui me l'a dit, bon. »

Ils sont nombreux les grands-parents qui communiquent avec leurs petits-enfants. Ils se considèrent chanceux d'avoir toute cette marmaille autour d'eux. Quelques parents diront que, inconsciemment, certains grands-pères ou certaines grands-mères font une différence mais, heureusement l'exception ne confirme pas la règle. Peut-être est-ce parce qu'ils ont eux aussi adopté et que cela a été difficile ou est-ce parce qu'ils préfèrent un enfant d'un sexe plutôt que de l'autre ou encore est-ce parce que leur cheminement intérieur n'est pas terminé ?

À retenir chers grands-parents

La «grand parentalité», ça s'apprend et ça ne vient pas avec un mode d'emploi pré-établi. L'important à retenir pour les grands-parents est de respecter la décision d'adopter de leur fille ou de leur fils, de faire en sorte qu'elle ou il se sente à l'aise d'exprimer ses difficultés et sa joie (ça c'est plus facile !) et de ne pas idéaliser l'adoption. Il est également important de la ou le soutenir tout au cours du processus d'adoption, que ce soit la première adoption ou la troisième, au moment de l'arrivée, ainsi qu'au cours de l'intégration et du train-train quotidien de ces chers petits-enfants.

Le mot de la fin

Donnez à l'enfant une place dans la mémoire familiale et faites-lui une grande place dans votre coeur, voilà une des recettes de bonheur. Partagez vos souvenirs, assistez et participez à leurs activités et regardez-les grandir.

Et puis...

Il y a des grands-parents qui tendent les bras et ouvrent grand leur coeur à tous leurs petits-enfants sans égard à leur provenance, à leur race ou à leur sexe et, d'autres pour qui leurs petits-enfants resteront toujours des étrangers et n'occuperont jamais de place spéciale dans leur coeur. La vie est ainsi faite et l'adoption n'y est pour rien.

--«Je t'aime grand-maman, je t'aime grand-papa... » --«Je t'aime aussi mon trésor. »

Nycole Dumais

N.D.L.R.. Lecture d'intérêt général suggérée : Raising Adopted Children de Lois Ruskai Melina

Extrait de Fleurs du monde, Automne 2001

Pages de Familles au coeur québécois
dans le site «Québecadoption.net»
www.quebecadoption.net
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17 novembre 2001