Extrait de « Fleurs du monde »
(Journal de Familles au coeur québécois)

L'adoption et l'allaitement

Depuis la nuit des temps les femmes ont allaité leurs bébés. Quoi de plus naturel? Que ce soit par une mère biologique, une mère nourrice, une mère de substitution, une grand-mère ou par une mère adoptive, l’allaitement est possible. Ce n’est ni une question de grossesse ni d’accouchement. Des études anthropologiques effectuées dans plusieurs continents font souvent état de femmes qui avaient allaité peu de temps ou très très longtemps après avoir cessé d’allaiter (15 à 20 ans) ou avaient même entrepris d’allaiter sans avoir jamais accouché. La lactation induite, c’est-à-dire la stimulation de la production de lait chez la femme non puerpérale, est apparue comme une solution culturelle pour un enfant orphelin, abandonné ou celui dont la mère ne pouvait pas pour diverses raisons, allaiter. L’enfant adopté fait partie de cette catégorie.

Il est intéressant de rappeler que la prolactine et l’ocytocine, les deux hormones qui sont responsables de la lactation, sont des hormones produites par la glande pituitaire et non par les ovaires, donc non reliées à la grossesse ni à l’accouchement. La prolactine, l’hormone qui produit le lait et l’ocytocine, l’hormone qui libère le lait répondent toutes deux à une stimulation du mamelon.

L’allaitement d’un bébé adopté dépend de trois facteurs : la maman adoptive doit avoir des seins et une glande pituitaire, donc il n’est pas nécessaire qu’elle ait vécu une grossesse ni qu’elle ait accouché, le deuxième, celui d’apprendre au bébé à prendre le sein et le troisième, de produire du lait. Il est important, pour la mère adoptive, d’avoir des attentes réalistes. L’allaitement, c’est bien plus que le lait maternel, c’est la relation intime avec l’enfant, le contact peau à peau, le rapprochement et l’attachement qui se crée. Ce n’est pas la quantité de lait qui compte, mais bien ce lien d’intimité, le contact peau à peau et le soutien du regard. Une petite quantité de lait, c’est mieux que pas du tout.

Dans son rapport sur la « relactation », l’Organisation mondiale de la santé (OMS), indique que plus l’enfant est jeune, plus il prendra le sein, surtout s’il a été nourri au biberon. Les enfants de moins de trois mois prennent plus facilement le sein que ceux qui sont plus âgés. Chez les enfants adoptés, il semble y avoir une démarcation à huit semaines, toujours selon ce même rapport. Par contre, un enfant de douze à dix-huit mois peut être allaité, surtout s’il veut téter. Aucune mère ne devrait être découragée d’allaiter, si elle veut le faire, sur la seule base que son enfant est trop vieux ou qu’elle-même est trop vieille. La plupart des femmes produiront éventuellement du lait si on laisse le bébé téter. Il est alors important de ne pas présenter de biberon au bébé, mais bien de lui présenter le sein. C’est à force de prendre le sein que le bébé apprend à téter. Plus l’enfant tète, plus il y a, habituellement, production de lait. Et, s’il n’y pas de lait ou s’il n’y en pas suffisamment, il suffit d’utiliser un dispositif d’aide à la lactation (DAL) qui se colle à la peau de la mère et dont le tuyau s’installe au bout du mamelon. Il contient du lait maternisé, son propre lait précédemment extrait ou encore du lait maternel provenant d’une banque de donneuses. Il est déconseillé d’utiliser le biberon car l’enfant n’apprendra pas à boire au sein. Il préférera la solution facile que lui offre le biberon.

Ceci étant dit, comment faire ? Massage des seins, produits pharmaceutiques, dispositif d’aide à la lactation, herbes médicinales ainsi qu’une motivation, une détermination à toute épreuve ainsi que la confiance en soi sont extrêmement importants. La maman doit avoir des attentes réalistes face à cette lactation induite et doit avoir le plein soutien de son entourage et dans bien des cas, du soutien de conseillères en lactation. La relation affective mère enfant est ce qui doit compter par-dessus tout. Le lait que la mère réussit à produire vient en prime.

Dans les cas d’adoption et d’adoption internationale en général, la plupart des mamans adoptives ne sont plus toujours de «jeunes poulettes». L’âge de la mère a-t-il donc de l’importance ou de l’influence sur la lactation induite ? Non, puisque la production de lait ne dépend pas d’une grossesse, mais de la glande pituitaire. Une femme en période de pré ménopause ou de ménopause ou encore ayant subi une hystérectomie peut très bien allaiter.

Le lait produit par une mère adoptive, c’est-à-dire celui produit par lactation induite, se compare favorablement à celui produit par une femme dix jours après l’accouchement. Il n’y a aucune différence en qualité.

Le docteur Jack Newman, pédiatre de renommée internationale qui a ouvert la clinique d’allaitement à l’Hospital for Sick Children de Toronto, a établi tout un protocole pour aider les mères qui désirent allaiter leur enfant adopté. En fait deux protocoles ont été établis: un pour les mères qui disposent de beaucoup de temps avant l’arrivée de l’enfant et un deuxième, pour celles qui en ont moins.

Voici un aperçu succinct du premier protocole de «traitement» étalé sur une période de six mois avant l’arrivée de l’enfant et qui permettra à la mère de répondre adéquatement ou presque aux besoins de l’enfant.

Il s’établit comme suit : six mois avant : une pilule contraceptive active par/jour +10 mg de dompéridone 4 fois par/jour pendant une semaine. Le dompéridone est habituellement utilisé pour traiter les nausées et les vomissements mais a comme effet secondaire d’augmenter la sécrétion de prolactine (hormone qui stimule la production lactée). Augmenter ensuite la dose à 20 mg 4 fois/jour. La pilule anticonceptionnelle imite les symptômes de ce qui se passe au cours de la grossesse. À ce stade, il n’est pas recommandé de pomper les seins ni de prendre d’herbes médicinales. Six semaines avant l’arrivée de l’enfant suffiront.

Cinq mois avant l’arrivée de l’enfant : une pilule contraceptive une fois par/jour + 20 mg de dompéridone/jour 4 fois/jour. Toujours pas lieu de pomper ni de prendre d’herbes médicinales.

Quatre mois avant l’arrivée de l’enfant : même protocole qu’à cinq mois.

Six semaines avant l’arrivée de l’enfant : arrêt de la pilule contraceptive et prise de 20 mg de dompéridone 4 fois/jour. La mère aura des saignements vaginaux normaux.

Au cours des deux semaines suivantes : pomper les seins avec une pompe électrique double pendant 5 à 7 minutes, puis masser les seins et les pomper à nouveau pendant 5 à 7 minutes. Il est fortement recommandé à la mère de pomper les seins aux trois heures.

Un mois avant l’arrivée de l’enfant: toujours 20 mg de dompéridone 4 fois/jour. Pomper et masser tel qu’indiqué ci-dessus et ajouter une séance de pompage au moins une fois pendant la nuit. Le taux de prolactine étant plus élevé entre une heure et cinq heures du matin, il est bon d’en tirer parti.

Une fois que la mère a commencé à pomper, elle prend une capsule de 390 mg de l’herbe médicinale, chardon bénit et 610 mg/capsule de fénugrec. Prendre trois capsules de chacune des herbes 3 fois/jour au moment des repas. Une mère qui désire allaiter devrait essayer de manger du gruau au petit déjeuner au moins 3 fois/semaine. Boire au moins également de 6 à 8 verres d’eau/jour. Les boissons contenant de la caféine devraient être évitées puisqu’elles sont diurétiques.

Le lait commence à couler selon un patron bien défini: au début le liquide sera clair, puis deviendra progressivement opaque, puis blanc.

Le protocole de traitement en accéléré et celui dans le cas des mères ménopausées varient légèrement de celui indiqué ci-dessus.

Les mères adoptives qui allaitent peuvent s’attendre à avoir les symptômes suivants :

  • Léger picotement au réflexe d’éjection du lait. Il est très rare que les seins coulent.
  • Menstruations irrégulières;
  • Production du lait variant selon le cycle menstruel (variation plus marquée que chez les mères qui ne sont pas des mères adoptives);
  • Augmentation de l’appétit une fois la demande établie;
  • Gain ou perte de poids.

Dans les cas où la mère doit utiliser un dispositif d’aide à la lactation, le dispositif Medela ou encore celui Lact-Aid sont indiqués. Il est recommandé de consulter son médecin et de contacter une conseillère en allaitement ou en lactation.

L’allaitement d’un enfant adopté, qui dans la plupart des cas, a connu des moments prénatals et postnatals difficiles, peut aider la famille à éviter les nombreux pièges qui surgissent au moment de l’adolescence. L’allaitement d’un enfant adopté est une expérience enrichissante d’amour et de vie. Avoir su il y a 11 ans que l’allaitement d’un enfant adopté était possible et à la lecture de toute la documentation actuelle sur l’allaitement d’un enfant adopté, qui sait, j’aurais peut-être penché pour cette option.

Nycole Dumais

Extrait de Fleurs du monde, Automne 2002

Aussi à lire sur ce sujet: Geneviève et Karu, allaitement de coeur, Histoire de l’allaitement d’un bébé adopté

Références

Goldfarb, Lenore, Newman, Jack, The Protocols for Induced Lactation, A Guide for Maximizing Breastmilk Production
World Health Organization 1998, « relactation », A review of experience and recommendations for practice

Traité de l’Allaitement maternel, Ligue La Leche, 1999, chapitre La « relactation » et l’allaitement d’un bébé adopté

Sites d’intérêt

Site du Docteur Jack Newman (on peut également lui écrire en français à [email protected] ou lui téléphoner au (416) 813-5757)
Info-allaitement.org
Ligue La Leche (Québec)
The Adoptive Breastfeeding Resource Web Site
Common Breastfeeding Concerns
Allaiter un bébé adopté
Adopted.Infants Benefit from Breastfeeding, Too
Induced lactation (surrogacy.com)
« relactation » (World Health Organization)

Une recherche sur le sujet: Breastfeeding in Adopted Babies

 

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dans le site «Québecadoption.net»
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20 février 2003